Wonder Woman vs. Trump

Petite baisse d’un régime pour un deuxième opus toujours résolument féministe mais déjà un peu dépassé.

Depuis 1918, Diana Prince n’a pas pris une ride. Pas plus que Gal Gadot depuis Wonder Woman (2017). Toujours à la réalisation suite au succès de ce premier opus, Patty Jenkins perd un peu en rythme ce qu’elle a gagné en mainmise sur le scénario.

En 1984, Wonder Woman sauve les joggeuses qui traversent la rue ou arrête les braqueurs de bijouteries. Cela lui laisse le temps d’être sympa avec Barbara Minerva (Kristen Wiig) sa nouvelle collègue du département des antiquités du Smithsonian.

Surgit un artefact millénaire censé exaucer les souhaits. La maladroite Barbara rêve d’être aussi forte et sûre d’elle que Diana. Laquelle traîne encore la douleur de la disparition de Steve Trevor (Chris Pine), qui s’est sacrifié en 1918 pour sauver le monde. Le magnat du pétrole Max Lord (Pedro Pascal) a, lui, soif d’argent, de pouvoir et de télévision. Toute ressemblance, etc.

Il y a des idées dans cette suite, mais elles sont d’un intérêt inégal. Et le récit est plombé par ses longueurs et ses incohérences. Le genre impose évidemment la suspension de crédulité du spectateur. Steve, l’homme de 1918 revenu d’entre les morts, sait en un coup d’oeil comment piloter un avion à réaction ou utiliser le lance-roquette, mais est ébahi par le métro et un escalator (respectivement inaugurés aux États-Unis en 1888 et 1892…).

Patty Jenkins rompt résolument avec la noirceur des productions DC/Warner et l’hyper violence du director’s cut de Justice League, récemment mis en VoD. Elle lorgne plutôt vers la lumière et l’innocence rétro des adaptations eighties de Superman. La référence est directe quand Diana prend la mesure de sa capacité à voler - jolie scène à l’aune du genre et éprouve cette puissance parce qu’elle vient d’assumer un terrible sacrifice.

La réalisatrice et son actrice charismatique œuvrent dans la continuité de cette vidéo virale où l’on a vu Gal Gadot, durant la promotion du premier Wonder Woman, prodiguer des encouragements à une jeune admiratrice. Les œillades à l’écran sont explicites pour les spectatrices de tout âge en quête d’empowerment.

Parfaite dans le rôle, Gal Gadot confère à Diana un juste dosage d’assurance, d’empathie, de force et d’élégance. Elle porte fièrement sa féminité, son indépendance et son rejet du machisme ordinaire.

Patty Jenkins frise l’excès de morale politique à destination de ses concitoyens ou de militantisme. Durant le prologue en flash-back, Diana, enfant, apprend "que rien de bon ne résulte d’un mensonge". En 1984, la demi-déesse peut proclamer, en appréhendant des braqueurs de bijouterie, "je hais les armes" (les spectateurs américains affiliés à la NRA, ont dû en avaler leur pop-corn de travers). Max Lord hurle : "je ne suis pas un escroc, je suis une star de la télé". Son plus grand aveu sera "je suis un loser paumé". Enfin, il provoquera chaos et anarchie à Washington depuis une tribune présidentielle.

Singulière prémonition d’un film qui aurait dû sortir avant les lendemains troublés de la présidentielle américaine. À défaut d’être majeur, Wonder Woman 1984 restera un film ayant capté l’air du temps pré-Covid.

Wonder Woman 1984 Super-héroïne rétro De Patty Jenkins Scénario Patty Jenkins, Geoff Johns, David Callaham Avec Gal Gadot, Kristen Wiig, Pedro Pascal, Chris Pine,… Durée 2h31.

Disponible à l’achat (13,99 €) le 31/03 sur iTunes, AppleTV, GooglePlay et Rakuten. A la location (5,99 €) sur les mêmes plus BeTV, Proximus et Telenet ainsi qu’en DVD et Blu-Ray le 7/04.

Wonder Woman vs. Trump
©D.R.