"Madame Claude": parfois, les parties de jambes en l'air dans les salons feutrés dérapent...

Sylvie Verheyde louvoie dans son portrait de Madame Claude, célèbre proxénète française de la Ve République.

Madame Claude, alias Fernande Grudet (1923-2015), fut une proxénète de luxe célèbre de la Ve République. Figure médiatique et trouble, suite à deux procès retentissants et ses relations revendiquées avec l’élite du pouvoir gaulliste. Sujet a priori fascinant pour le cinéma, elle fit déjà l’objet d’un film en 1977 - au lendemain de sa première disgrâce - signé par le réalisateur d’Emmanuelle, à l’aune de l’érotisme bourgeois en vogue.

Sylvie Verheyde préfère un portrait tiraillé entre des accents féministes et un compte rendu sans fard d’une réalité moins rose. Soit pour la première option, Madame Claude en femme d’affaires qui s’attache à "baiser de l’intérieur" les hommes de pouvoir. Le film la prend au sommet de sa petite entreprise, en 1968, quand les mœurs se libèrent et que vacille l’ordre établi. La "Mère maquerelle de la République", comme elle se surnomme elle-même, fournit ses quelque deux cents "filles" à "ses amis" de l’élite bourgeoise, du pouvoir ou du monde du spectacle. Son instrument de travail : le téléphone, qu’elle exploite dès 1957 quand il était encore l’apanage des nantis - inventant de fait la "call-girl".

La dame formate ses protégées, les habille, corrige leur plastique, leur apprend le maintien voire l’hygiène. Ses filles ne doivent pas ressembler à des prostituées mais à des femmes du monde. Seule exception : Sidonie, issue elle-même de la "haute", qui a un compte familial à régler.

Déconstruire la légende

Pour Madame Claude, il ne s’agit pas de prostitution mais "d’échanges de bons services", qui se monnaient jusqu’au sommet de l’État ou dans ses officines. Mais, parfois, les ronds de jambe et parties des jambes en l’air dans les salons feutrés dérapent. Une scène rappelle que "l’excentricité" des clients pouvait aller jusqu’au sang, voire pire. C’est là que la réalisatrice de Sex Doll (2016) déconstruit la face policée de la légende.

Mais qui trop embrasse, mal étreint : à vouloir aborder toutes les composantes de Madame Claude (son activité, sa mythomanie, une bisexualité supposée, ses relations de pouvoir) ou de la prostitution de luxe (violences physiques, liens avec le grand banditisme, auxiliaire des barbouzes et services secrets), Sylvie Verheyde reste superficielle, sauf entre les lignes, avec quelques œillades contemporaines (dénoncer ou non un inceste). Le sujet aurait pu être prétexte à réflexion sur l’hypocrisie d’une société qui tolérait le sexe tarifé haut de gamme tout en s’effrayant de la libération sexuelle.

La réalisatrice ne tranche pas entre la femme qui a acquis son indépendance à la force du poignet ou la proxénète cynique qui exploite son cheptel sans vergogne. Elle louvoie d’un bout à l’autre d’un film qui ne trouve jamais ni son rythme ni son style.

Madame Claude Biopic De Sylvie Verheyde Scénario Sylvie Verheyde, Patrick Rocher et Antoine Salomé Avec Carole Rocher, Roschdy Zem, Garance Marillier, Pierre Deladonchamps,… Durée 1h52.

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© D.R.

Disponible sur Netflix