"De Oost": une page sombre des Pays-Bas et une bande-annonce qui a soulevé la polémique en Indonésie

Une plongée viscérale au cœur de la guerre d’indépendance indonésienne.

"De Oost": une page sombre des Pays-Bas et une bande-annonce qui a soulevé la polémique en Indonésie
©D.R.

En uniforme, fusil à la main, des soldats progressent dans des paysages paradisiaques : rizières, palmiers… Sans le son, on se croirait dans un film hollywoodien type La Ligne rouge de Terrence Malick, auquel quelques plans font directement références. Pourtant, ces jeunes recrues perdues à l’autre bout du monde ne parlent pas anglais, mais bien néerlandais…

Premier film néerlandais diffusé par la plateforme Prime Video (avant une hypothétique sortie en salles, sans doute côté flamand), Des soldats et des ombres aborde un conflit méconnu : la guerre d’indépendance indonésienne, qui éclata au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, quand Soekarno déclara l’indépendance de l’Indonésie, le 17 août 1945.

Des soldats et des ombres s’ouvre en 1946, sur l’arrivée de jeunes recrues néerlandaises dans une base des Moluques. Parmi eux, on suit la trajectoire de Johan De Vries (Martijn Lakemeier), engagé volontaire bien décidé à défendre l’honneur de la Reine et l’empire des Indes néerlandaises. Mais il déchante rapidement : l’ennui est plus présent que les combats…

Tout en cherchant à se rapprocher de la population locale - et notamment d’une jeune et jolie prostituée (Denise Aznam) -, le soldat est de plus en plus fasciné par le capitaine Raymond Westerling. Surnommée le "Turc" (Marwan Kenzari), cette tête brûlée ne rendant aucun compte à l’armée, organise des expéditions antiguérilla contre les rebelles dans la jungle…

Une guerre oubliée

Cinéaste et DJ hollandais de 39 ans, Jim Taihuttu songe depuis longtemps à faire un film sur la guerre d’indépendance indonésienne et notamment sur les exactions qui se sont produites dans les Moluques, archipel de l’est du pays dont sont originaires ses ancêtres. Si la bande-annonce du film a soulevé la polémique en Indonésie, où certains ont dénoncé des inexactitudes historiques, Des soldats et des ombres aborde néanmoins frontalement une page sombre de l’histoire des Pays-Bas, qui n’y est pas enseignée à l’école.

Alternant récit de guerre classique et flash-forward sur le retour au pays du militaire après son expérience traumatisante de la guerre, Taihuttu se livre à une sorte de psychanalyse de son pays. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, les plaies sont en effet encore béantes, notamment celle de la collaboration. Une des raisons de l’engagement du héros tient ainsi à sa volonté de racheter le passé nazi de son père en se mettant au service de son pays…

Campé par l’excellent Martijn Lakemeier (découvert en 2008 dans un autre film de guerre, Winter in Wartime de Martin Koolhoven, auteur ensuite du western Brimstone ), Johan De Vries incarne en effet la mauvaise conscience, trop longtemps refoulée, des Pays-Bas.

La guerre, une expérience existentielle

D’un point de vue formel, difficile de ne pas penser à de grands films de guerre américains, et notamment au matriciel Apocalypse Now. Mais, si, comme Coppola, Taihuttu met en scène la guerre en tant qu’expérience existentielle pour ces jeunes hommes menant un combat vidé de sens, le contexte n’est pas celui de la Guerre du Vietnam.

Comme le Français Guillaume Nicloux dans Les Confins du monde (sur la guerre d’Indochine en 1945) ou le Portugais Ivo Ferreira dans Lettres de la guerre (sur la guerre d’Angola), le Hollandais montre ici l’absurdité d’une guerre coloniale perdue d’avance, où, face au désastre annoncé, ne reste que haine et violence, qui explosent froidement à l’écran.

Des soldats et des ombres / De Oost Film de guerre De Jim Taihuttu Scénario Jim Taihuttu & Mustafa Duygulu Avec Martijn Lakemeier, Marwan Kenzari, Jeroen Perceval… Durée 2h17.

"De Oost": une page sombre des Pays-Bas et une bande-annonce qui a soulevé la polémique en Indonésie
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Disponible sur Prime Video à partir du 13 mai et prochainement en salles.