“Cruella”, un Disney d’enfer et punk

Le récit de la genèse de la méchante emblématique des 101 Dalmatiens est l'occasion d'un duel au sommet entre Emma Stone et Emma Thompson. Un régal.

“Cruella”, un Disney d’enfer et punk
©Disney

Dans ses robes cintrées, avec ses coiffes enturbannées, elle évoque peut-être plus la Gloria Swanson hallucinée de la scène finale de Sunset Boulevard que Tallulah Bankhead, inspiration originale de la Cruella des 101 Dalmatiens avec lequel la scène post-générique fait raccord. Malin jusqu’au bout.

Cruella résume la schizophrénie qui s’empare d’Hollywood. La remise au goût du jour de la méchante emblématique des 101 Dalmatiens (1961) est mis en accès Premium sur Disney+, deux semaines avant sa sortie en salles. La qualité du film de Craig Gillespie, de son interprétation, de sa direction artistique est pourtant le meilleur argument en faveur du grand écran.
Ce récit des origines de la terrible Cruella de Vil est proprement savoureux devant la caméra de Craig Gillespie. Le réalisateur semble nourrir une fascination pour les figures de jeunes femmes un peu barrées : on lui doit déjà I, Tonya, qui n’est pas sans lien avec Cruella (on retrouve dans un rôle de factotum similaire l’excellent Paul Walter Hauser). Malgré l’ampleur du budget et le label Disney, Gillespie a conservé une relative liberté de ton qui décoiffe opportunément Cruella et ses protagonistes.

Impératrice de la mode

Soit une enfant prénommée Estella (Billie Gadsdon). Ses cheveux bicolores témoignent d’un tempérament bipolaire (ou d’un conflit d’identité, que le scénario justifiera) : Cruella le dispute à Estella.
Les excès de la première entraînent l’expulsion de la seconde de son collège huppé. Sa mère célibataire et peu fortunée s’en va quérir l’aide d’une mystérieuse amie.
La désobéissante Estella s’introduit dans l’imposant château où se déroule un défilé de mode. Dans les péripéties qui s’ensuivent, trois dalmatiens provoquent la chute de la mère du haut d’une falaise. L’orpheline s’enfuit.
À Londres, Estella (Emma Stone) mène une vie de larcins avec deux autres orphelins, Jasper (Joel Fry) et Horace (Hauser). Toujours fascinée par la mode, elle retient l’attention de la Baronne (Emma Thompson), impératrice de la haute couture. Quand Estella découvre que la Baronne possède le médaillon perdu de sa mère, Cruella se réveille.

Un look punk

Cruella est un récit des origines ficelé comme une pièce de haute couture, avec quelques incisions un peu punks dans les canons Disney. Le scénario et Emma Stone réussissent la prouesse, presque paradoxale, de rendre attachante la future dépeceuse de dalmatiens (destin sur lequel le film maintient habillement l’ambiguïté).
Le décor du Londres des années septante et le milieu de la mode sont un terrain de jeu joliment exploité par le directeur artistique Martin Foley. De surcroît, on évite les excès d’effets spéciaux numériques, au profit des comédiens.
Les happenings vestimentaires de Cruella, destinés à concurrencer la Baronne, lorgnent vers Vivienne Westwood ou Nina Hagen – sources d’inspiration manifestes de la costumière Jenny Beavan. La bande musicale est un best-of rock de la période. On pointera la contribution du directeur de la photographie belge Nicolas Karakatsanis pour encourager les moins impatients à découvrir le film sur grand écran à partir du 9 juin.
Ces productions values comme on dit dans le jargon ne seraient qu’artifices accessoires sans la qualité de l’interprétation.
En Baronne, Emma Thompson est délicieusement narcissique, méprisante, hautaine et pire encore… Dans ses robes cintrées, avec ses coiffes atmosphériques enturbannées, la vraie méchante du film évoque la Gloria Swanson hallucinée de la scène finale de Sunset Boulevard. Tout y est : la voix, le regard, la gestuelle impérieuse. Du grand art.
Emma Stone trouve l’équilibre entre innocence et grain de folie, passant graduellement de l’Estella fragile et touchante à la Cruella implacable. Sa consécration sur le Sympathy for the Devil des Stones résume bien le sentiment du spectateur : on succombe au charme de cette de Vil...

  • Cruella Disney revisité De Craig Gillespie Scénario Dana Fox et Tony McNamara Photographie Nicolas Karakatsanis Avec ​Emma Stone, Emma Thompson, Paul Walter Hauser, Joel Fry, Mark Strong,… 2h14

“Cruella”, un Disney d’enfer et punk
©Cote LLB



Sur Disney + dès le 28 mai en accès Premium (moyennant supplément). En salle le 9 juin.

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