Le tabac omniprésent dans les films français: "C'est anormal de faire d'un personnage emblématique un fumeur alors que la cigarette n’a aucune raison d’en être un attribut"

La Ligue contre le cancer française dénonce une surreprésentation de la cigarette dans les fictions hexagonales: 21 % des personnages principaux sont des fumeurs.

Le tabac omniprésent dans les films français: "C'est anormal de faire d'un personnage emblématique un fumeur alors que la cigarette n’a aucune raison d’en être un attribut"
©One World Films

En Belgique, depuis le 1er janvier de cette année, il n'existe plus aucune exception à l'interdiction de la publicité pour la cigarette. Mais le tabac reste malgré tout valorisé de manière plus insidieuse, d'après la Ligue contre le cancer française. Après avoir analysé 150 films distribués entre 2014 et 2019, elle dénonce une surreprésentation du tabagisme dans les longs métrages hexagonaux.

"Le tabac demeure quasi omniprésent dans les films français : entre 2015 et 2019, 90,7% comprennent au moins un événement, un objet ou un discours en rapport avec le tabac : personnes en train de fumer, présence de cendriers, cigarettes, personnage qui parle de tabac....", explique-t-elle dans son rapport.

"Les personnages principaux sont souvent fumeurs (21,2 %), et en plus, ils fument dans des endroits où c’est interdit, comme les cafés ou les hôtels", ajoute le Pr Albert Hirsch, pneumologue et administrateur de la Ligue contre le Cancer. De fait, 21,5% des scènes de tabagisme se situent dans un lieu de travail, au bureau, 16,6% dans un café, restaurant ou discothèque. "Évidemment, il n’existe aucun document écrit attestant d’accords entre les industries du tabac et du cinéma, mais un tel écart entre la réalité et la fiction ne peut s’expliquer autrement", ajoute-t-il . "Faire une fiction sur Serge Gainsbourg sans alcool ni cigarette n’aurait pas de sens. Ce qui est anormal en revanche, c’est de faire d’un personnage emblématique un fumeur, alors que la cigarette n’a aucune raison d’en être un attribut."

Ce cri d'alarme s'appuie aussi sur un sondage mené par Ipsos auprès de 1500 jeunes. Il montre que 66 % des 18-24 ans ont passé plus de temps devant des fictions durant la pandémie et que pour 58 % d'entre eux, il s’agit d’incitation au tabagisme.

Il faut savoir que chez nous, d'après la Ligue cardiologique belge, "près de 20.000 décès par an (55 décès par jour) sont directement attribuables au tabac."