"The Father": Anthony Hopkins, bouleversant en vieil homme qui perd la tête

Anthony Hopkins, bouleversant de vulnérabilité dans le rôle d’un père frappé de démence sénile. Une vraie expérience de cinéma.

Anthony (Anthony Hopkins) est un vieil esthète mélomane, vivant seul dans son confortable appartement de Westminster, au cœur de Londres. Acariâtre, il vient encore de se disputer avec son aide-soignante, Angela, qui, cette fois, refuse de revenir travailler. Au grand désespoir d’Anne (Olivia Colman), qui réexplique pour la énième fois à son père qu’il doit accepter de l’aide. Elle va en effet quitter Londres pour rejoindre l’homme qu’elle aime à Paris… "Tu plaisantes ! À Paris ? Ils ne parlent même pas anglais ! Et puis Angela m’a volé ma montre", justifie le vieil homme. Avant de la retrouver là où il l’avait cachée…

Le lendemain matin, Anthony ne reconnaît pas l’homme assis dans le salon. C’est pourtant le mari de sa fille (cette fois campée par Olivia Williams), que le vieillard n’identifie pas plus… Et pourquoi prétendent-ils habiter ici, alors qu’il est chez lui ?

Un coup de maître

Pour son premier film comme réalisateur, Florian Zeller réussit un véritable coup de maître. Avec l’aide de Christopher Hampton (traducteur de ses pièces en anglais), le dramaturge français transpose sa pièce Le Père  au grand écran avec une grande intelligence, à travers un scénario brillant (oscarisé il y a quelques semaines) qui nous fait vivre de l’intérieur la réalité angoissante d’un homme qui perd la tête. Et si l’on reste très proche de l’esprit de la pièce d’origine, The Father parvient à s’en abstraire pour proposer au spectateur une vraie expérience cinématographique.

Grâce à un subtil travail sur les décors - en perpétuelle évolution, malgré le décor a priori unique de ce grand appartement londonien -, sur les changements d’acteurs, Florian Zeller nous place véritablement dans la tête malade de ce vieux monsieur pour qui tout commence à se brouiller irrémédiablement : les lieux, la temporalité, les gens… Et ce de façon de plus en plus inconfortable à mesure qu’avance la détérioration physique du personnage, pour qui le monde est littéralement en train de s’effacer.

Un immense Anthony Hopkins

Si l’empathie avec le personnage d’Anthony est à ce point vertigineuse, c’est évidemment aussi grâce à son immense acteur. Anthony Hopkins trouve ici l’un de ses plus grands rôles, logiquement récompensé par un second Oscar du meilleur acteur. Un rôle qui lui permet de faire montre de toute l’étendue de sa palette. Tantôt carnassier quand le ton monte avec sa fille, tantôt irrésistiblement charmeur face à la jeune et jolie nouvelle aide-soignante (Imogen Poots) qui lui rappelle sa seconde fille. Le vieil acteur ose surtout s’abandonner complètement à la fragilité de l’âge, se montrant d’une insondable vulnérabilité quand son double à l’écran prend conscience que tout, autour de lui, est en train de se dérober sous ses pieds… Si Hopkins est si troublant de vérité, c’est qu’à 83 ans, il se projette forcément dans la peau de ce personnage portant son propre prénom et qui, comme lui, approche doucement de la mort…

The Father Drame intime De Florian Zeller Scénario Christopher Hampton & F. Zeller (d’après sa pièce Le Père Photographie Ben Smithard Musique Ludovico Einaudi Avec Anthony Hopkins, Olivia Colman, Imogen Poots, Rufus Sewell, Olivia Williams… Durée 1h35.

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