"Villa Caprice": ce n’est pas de la corruption directe, évidente, mais une forme plus perverse

Niels Arestrup, royal face à Patrick Bruel dans un drame politico-financier.

Grand avocat parisien, Luc Germon (Niels Arestrup) fait poireauter dans son cabinet Gilles Fontaine (Patrick Bruel) et ses collaborateurs. Le milliardaire français est trempé dans l’affaire Jacquin, qui remplit les colonnes de journaux. Le ministre de l’Économie Michel Jacquin est accusé par sa femme (Eva Darlan) de détenir un compte secret à Singapour. Compte qui aurait notamment été largement alimenté par Gilles Fontaine, en échange de quelques services. Comme la vente pour une bouchée de pain de la sublime Villa Caprice, située en bord de mer dans la petite commune de la Côte d’Azur dont Jacquin était alors le maire…

Me Germon se fait désirer, mais finit par accepter de prendre la défense du capitaine d’industrie inculpé par le sévère juge Madec (Laurent Stocker). Mais, sans s’en apercevoir, l’avocat met les pieds dans un véritable panier de crabes, où il risque de perdre pied…

Réalisateur de télévision - on lui, doit, notamment L’Aîné des Ferchaux avec Jean-Paul Belmondo ou Le Grand Charles avec Bernard Farcy -, Bernard Stora signe son 5e long métrage seulement pour le cinéma, le premier depuis Un dérangement considérable en 2000. Et comme dans son téléfilm La Dernière Campagne en 2013 (sur la campagne présidentielle Hollande-Sarkozy vue par Jacques Chirac), Bernard Stora s’intéresse ici à la politique.

Au cœur de la corruption

Pour Villa Caprice, Bernard Stora s’est inspiré du suicide du célèbre avocat d’affaires parisien Olivier Metzner. Tandis que, derrière le couple Jacquin, plane évidemment l’ombre d’Isabelle et Patrick Balkany. Mais on reste dans une pure fiction, qui met en scène les rapports très étroits qui existent entre les mondes des affaires, de la politique et de la justice.

De sa carrière en télé, le cinéaste a gardé une efficacité (mais sans personnalité) dans la mise en scène et le récit. Cela n’empêche pas une certaine complexité dans l’approche des personnages. Très vite, on comprend en effet que ce qui intéresse Stora, ce n’est pas la trajectoire de l’homme d’affaires corrompu (et quasiment fier de l’être), mais celle de son avocat. Qui est ce vieux garçon raffiné, qui garde chez lui son vieux père rustre (Michel Bouquet) ? Comment en est-il venu à acquérir un tel statut dans le gotha politico-financier français ? Et au prix de quels renoncements ? Ce film Villa Caprice, ce n’est pas la corruption directe, évidente, mais une forme plus perverse, celle qu’exercent sur chacun l’argent et le luxe. Que ce soit le temps d’une balade en voilier sur la Méditerranée ou d’un bon repas avec de grands vins dans un cadre idyllique en compagnie de gens de bonne compagnie…

Villa Caprice Drame psychologique De Bernard Stora Scénario Bernard Stora, Pascale Robert-Diard&Sonia Moyersoen Musique Vincent Stora Avec Niels Artestrup, Patrick Bruel, Irène Jacob, Michel Bouquet… Durée 1h45.

"Villa Caprice": ce n’est pas de la corruption directe, évidente, mais une forme plus perverse
©D.R.