Une petite fille dans un corps de garçon

Sébastien Lifshitz signe un très beau documentaire sur la dysphorie de genre chez l’enfant.

"Quand je serai grande, je serai une fille." Sasha, sept ans, est née garçon. Mais depuis l’âge de trois ans, elle se sent, elle se sait fille. Pas facile à faire accepter à ses petits copains à l’école, encore moins aux autorités académiques ou au conservatoire de danse… Mais elle peut compter sur le soutien sans faille de sa mère Karine, qui l’accompagne à chaque étape de cette transition et se bat pour faire accepter la vraie identité de son enfant, suivi par des psychologues et des médecins…

Filmer à bonne hauteur

Découvert avec Les Invisibles en 2012 - portraits de femmes et d’hommes ayant choisi de vivre leur homosexualité au grand jour dans les années 50 et 60 -, Sébastien Lifshitz poursuit avec Petite fille son exploration des questions LGBT, en s’intéressant cette fois à la dysphorie de genre chez l’enfant. Un sujet éminemment délicat qu’il ne s’agit pas de traiter par-dessus la jambe… Le documentariste livre un portrait en empathie totale avec son personnage et sa mère.

Grand Prix au festival de Gand en 2020, Petite fille trouve toujours la parfaite distance par rapport à son sujet pour ne jamais paraître voyeuriste, tout en nous permettant d’entrer dans l’intimité de Sasha. Et notamment dans sa chambre, le lieu où elle peut, le mieux, exprimer qui elle est vraiment, à travers ses robes de princesse, ses bijoux, ses paillettes…

Cinéaste du temps long

Dévoilé en avant-première mondiale à la Berlinale en février 2020, Petite fille a déjà été montré en télé sur Arte. Entre-temps, son réalisateur a reçu trois César, dont celui du meilleur documentaire, pour son fascinant Adolescentes (diffusé sur la RTBF et sur Auvio), où, sur cinq ans, il dresse le portrait de deux jeunes filles, tout en dessinant celui de la France contemporaine. Petite fille est de la même trempe. Lifshitz aime prendre son temps, réaliser des films au long cours. Cette petite Sasha, le cinéaste l’a filmée pendant près d’un an, pour gagner sa confiance, ainsi que celle de sa mère - le père reste par contre quasiment hors-champ. Mais surtout pour nous faire vivre son quotidien, semé d’embûches, mais aussi ses joies, ses déceptions, ses doutes. Bref, pour nous présenter une petite fille qui, du haut de ses sept ans, doit s’affirmer pour faire comprendre au monde qui elle est intimement.

Petite fille Documentaire Scénario & réalisation Sébastien Lifshitz Photographie Paul Guilhaume Montage Pauline Gaillard Durée 1h23.

Une petite fille dans un corps de garçon
©D.R.