"Luca": un Pixar qui offre une parfaite escapade estivale sans Corona Pass

Privé de grand écran, le nouveau film du studio Pixar sort directement sur Disney+. "Luca" est une fable sur l’amitié. Le récit puise dans l’enfance du réalisateur.

"Luca": un Pixar qui offre une parfaite escapade estivale sans Corona Pass

Vespa, amitié et fantaisie : Luca inaugure un nouveau chapitre dans l’histoire du studio Pixar. Avec ce récit initiatique, le réalisateur Enrico Casarosa puise dans ses souvenirs d’enfance et plante le décor dans son Italie natale. Il aborde de manière subliminale ses rêves d’outsider qui a fantasmé sur un monde qui lui était étranger (le cinéma américain) avant d’y trouver sa place. Il livre aussi un film à hauteur d’enfant, conté du point de vue de ceux-ci - ce qui est plus rare qu’il n’y paraît dans la filmographie du studio Pixar.

Escapade estivale

Luca, le jeune héros de cette fable, c’est un peu Enrico. Une créature marine, qui vit au large de la Riviera italienne. Ses parents, surtout sa mère, mettent en garde Luca contre le monde de la surface, les humains et leurs filets de pêche.

Sa rencontre avec Alberto fait découvrir à Luca que, une fois à l’air libre, il prend une apparence humaine. Avec son nouvel ami, Luca fugue de plus en plus chez les humains. Les deux garçons rêvent d’acquérir une Vespa pour parcourir le monde. Lorsque ses parents apprennent ses escapades et veulent les interdire, Luca s’enfuit avec Alberto dans le petit port voisin, où ils font la connaissance de Giulia, une jeune fille débrouillarde.

Après un an et demi de pandémie, Luca est une parfaite escapade estivale sous le soleil d’Italie, un bol d’air animé sans Corona Pass - mais, autre signe du temps, à découvrir en streaming uniquement.

Si Casarosa convoque les images d’Épinal attachées à son pays, c’est avec la nostalgie de l’enfance : la fontaine sur la place du village, les parties de foot, les glaces à la crème, les vieilles nonna sur leur banc, les pasta maison…

Amitié et assimilation

Suivant le très existentiel Soul de Pete Docter, diffusé sur Disney + fin 2020, Luca marque un retour à un conte sur l’amitié et les vertus de la diversité, sans doute plus accessible au premier degré pour les jeunes spectateurs.

Si l’on veut chercher des points de comparaison à ce récit personnel, on citera le Ponyo sur la falaise de Miyazaki croisé avec Le Petit Vampire de Joann Sfar.

Avec cette idée rassurante pour les enfants que, si les "monstres" nous visitent, ils ont autant peur de nous que l’inverse. Ils rêvent même, à l’aune de la mythologie américaine, d’acquérir le Human way of life.

Désir qui peut paraître étrange et schizophrénique de nos jours. Mais, encore une fois, c’est la projection d’un réalisateur boomer (Casarosa est né en 1970) qui a accompli son propre rêve américain en faisant carrière à Hollywood.

Pas de tentative de fable écolo ici, malgré la cohabitation difficile entre la faune marine et les pêcheurs humains. Luca veut au contraire abandonner sa nature marine pour se couler dans le moule terrestre.

Si, sur les rivages italiens (et européens), certains spectateurs pourront être tentés de chercher une allégorie des réfugiés qui échouent sur nos rivages, on lira, toujours à l’aune du parcours du réalisateur, le portrait d’un immigré volontaire qui cherche et revendique l’assimilation.

Sans doute conscient de cette lecture inévitable, et bien placé pour connaître le regard méfiant porté sur l’étranger, Casarosa suggère même avec humour que les congénères de Luca sont parmi nous depuis longtemps. Et que les vrais monstres qui nous sont étrangers ne sont pas ceux dont l’apparence est différente mais ceux qui règnent par la terreur.

Le soleil de Pixar diffuse toujours une lumière aux multiples reflets. Il paraît même que certains ont perçu la discrète esquisse d’un arc-en-ciel dans l’amitié qui lie Alberto à Luca.

★★ Luca d’Enrico Casarosa Scénario Jess Andrews, Mike Jones, Enrico Casarosa Musique Dan Romer Avec les voix françaises de Aloïs Le Labourier, Matt Mouredon, Juliette Davis… Durée 1 h 36

Sur Disney + à partir du 18/06 (forfait)

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