"Ibrahim": une délicate relation père-fils menacée par une embrouille

Samir Guesmi signe un premier film plein de tendresse sur un duo père-fils perdus dans leur silence.

Ibrahim Bougaoui se rêve champion de foot comme Ibrahimovic. Il suit les cours du Lycée-Collège Paul Valéry sans déplaisir mais sans passion non plus. Son pote Achille (Rabah Nait Oufella) fuit carrément le lycée. Devenu voleur à la tire, il veut entraîner Ibra dans ses petits plans foireux, mais ce dernier résiste à l’appel de l’argent facile.

À la maison, Ibrahim et son père caressent chacun leurs rêves d’avenir en secret. Ils se croisent plus qu’ils ne se voient et ils se parlent peu. Dans ce quotidien où chaque sou est compté, le coût de la prothèse dentaire dont son père, Ahmed, a besoin est exorbitant : 1790 euros. Cela lui permettrait d’afficher son plus beau sourire et de quitter la plonge pour travailler comme serveur et peut-être même comme chef de rang à la Brasserie Le Royal Opéra. Un rêve qu’il caresse depuis longtemps… Mais une embrouille, orchestrée par Achille, vient ruiner tous leurs projets. Ibrahim est arrêté, sanctionné et son père doit payer le commerçant lésé. Humilié, Ibrahim est bien décidé à se racheter aux yeux de son père et à trouver l’argent nécessaire.

C’est une histoire simple, presque sans paroles, racontée avec pudeur et retenue. Y résonnent la difficile relation père-fils à l’adolescence et le non-dit autour de l’absence de la mère (morte d’overdose) et d’un passé tumultueux. Ainsi transparaissent des rêves tout simples et à portée de main, ou presque, mais aussi une histoire de fourvoiement stupide et de possible rédemption.

Un film récompensé au Festival d’Angoulême

Ce premier film que le réalisateur dédie à son propre père, Ahmed Guesmi, est un long métrage délicat porté par la grâce, un peu rugueuse, de ses deux interprètes masculins principaux. Samir Guesmi tout en silence, colère rentrée et espoir fébrile, fixe l’ossature solide sur laquelle s’épanouit un jeune acteur lumineux (Abdelrani Bendaher), gamin un peu paumé, mais plus mature qu’il n’y paraît, cherchant sa voie avec détermination. Une jolie graine de comédien qui ne demande qu’à pousser.

Remarqué et largement récompensé lors du Festival d’Angoulême en septembre 2020 (meilleur film, meilleure mise en scène, meilleur scénario, meilleure musique de film signée Raphaël Eligoulachvili), le long métrage de Samir Guesmi a ensuite été rattrapé par le deuxième confinement. Il trouve enfin le chemin des salles obscures. On espère qu’il parviendra à affirmer sa singularité et sa sensibilité face aux très nombreuses sorties programmées en ce début d’été.

Ibrahim Itinéraire cabossé De Samir Guesmi Scénario Samir Guesmi et Camille Lugan Avec Abdelrani Bendaher, Rabah Nait Oufella, Luana Bajrami Durée 1h19.

"Ibrahim": une délicate relation père-fils menacée par une embrouille
©D.R.