"Notturno": une terre condamnée au malheur

Après avoir filmé Lampedusa dans "Fuoco-ammare", le documentariste italien Gianfranco Rosi tourne son regard vers le Proche-Orient.

En 2013, Gianfranco Rosi devenait le premier Italien en 15 ans à décrocher le Lion d’or avec Sacro GRA , passionnant documentaire sur le périphérique de Rome. Trois ans plus tard, il s’offrait l’Ours d’or à Berlin pour Fuocoammare , exploration de l’île de Lampedusa et de ses milliers de réfugiés. Avec Notturno, il quitte l’Italie pour aller filmer là d’où viennent ces femmes et ces hommes qui frappent depuis des années aux portes de l’Europe dans l’indifférence généralisée.

Un regard désespéré sur le Proche-Orient

Tourné en Syrie, en Irak, au Kurdistan et au Liban, Notturno enregistre des moments de vie dans une région dévastée par la guerre. Comme toujours chez Rosi, aucun commentaire, aucune information. L’Italien laisse parler les images et la géographie. Celle d’un territoire morcelé artificiellement par les puissances occidentales au lendemain de la Première Guerre mondiale et de la chute de l’Empire Ottoman et qui, depuis, semble condamné au malheur.

Le regard posé sur la région par Rosi est totalement désespéré. Qu’il filme un chasseur de canards dans des marais, des combattantes kurdes en première ligne face à Daech, des mères en pleurs visitant la prison où ont été tués leurs fils ou une mère vivant dans une seule pièce avec ses sept enfants, la joie est totalement absente. La lumière aussi. Notturno est en effet composé de nombreuses scènes nocturnes. Et quand c’est en plein jour, la pluie est plus souvent au rendez-vous que le soleil…

Un regard moins pertinent

Si le film est marqué par quelques séquences très fortes - notamment celle de dessins d’enfants yézidis ayant réussi à fuir Daech et qui décrivent les horreurs auxquelles ils ont assisté -, Notturno est moins percutant que les autres documentaires de Rosi. Moins familier de la région - même s’il y a passé trois années pour préparer et tourner son film -, le documentariste se montre moins pertinent, voire confus par moments. Surtout, il ne parvient pas à imposer son regard de cinéaste, se contenant souvent de celui de reporter… Même si, plastiquement, Notturno est toujours aussi beau et envoûtant.

Notturno Documentaire Scénario, photographie & réalisation Gianfranco Rosi Montage Jacopo Quadri Durée 1h40.

"Notturno": une terre condamnée au malheur
©D.R.