"Présidents": toute ressemblance avec des personnages existants est fortuite. Quoique…

Anne Fontaine fait de Nicolas et François des ex-Jupiter normaux. Dujardin et Gadebois s’amusent.

Le matin, il se lève, déjeune, se brosse les dents, se rase, s’occupe du chien. Ah, il passe l’aspirateur aussi… C’est même devenu un pro des modèles d’aspirateur.

Depuis que François lui a coupé le sifflet lors de la campagne présidentielle de 2012, Nicolas n’est pas totalement sans voix, mais il s’ennuie. Maigre consolation : François s’est lui-même fait pousser à la porte de l’Elysée.

Comme Nicolas pense toujours un peu (beaucoup) à la France le matin en se rasant, il s’inquiète de son état et du vent qui pourrait bien porter la Marine à l’Elysée.

Alors Nicolas prend le chemin pour la Corrèze, ses vaches, ses vallées, son Flamby. Il a un plan à proposer à François, une union sacrée. Car "quand le mal menace, le bien doit avoir du courage" (l’aphorisme n’est pas de lui, "mais il pourrait l’être").

Entre son élevage d’abeilles, sa nouvelle passion pour le saxophone, ses siestes et sa relecture de A la recherche du temps perdu, François n’a guère le temps. Mais Nicolas n’a pas dit son dernier mot. Et son ancien rival n’est peut-être pas aussi serein dans sa retraite qu’il le prétend.

Comme le précise une mention en début de film, Nicolas mesure 1,82 m et François pique de grosses colères. Toute ressemblance avec des personnages existants est donc fortuite. Quoique… On parle bien des présidents Sarkozy et Hollande à la radio - et du "sale petit traître" Macron. Et les dates concordent. Disons que le Nicolas et le François de l’écran sont une projection alternative de ceux qui ont siégé à l’Elysée. Des avatars de fiction librement interprétés.

Rupture avec le réel

Les conjointes accentuent la rupture avec le réel. La femme de Nicolas se prénomme Natalie et est chanteuse lyrique (ce qui ne l’empêche pas de pousser la chansonnette à la gratte, façon égérie bobo). Quant à celle de François, Isabelle, elle est vétérinaire, "niveau Nobel", et pas du genre à jouer la comédie. Ces dames ne font pas que tapisserie. Elles auront même le dernier mot sur les deux has been - lequel résume peut-être le vrai message du film.

Jean et Grégory ne cherchent pas le mimétisme physique. Mais trouvent dans la diction et l’expression corporelle matière convaincante à convoquer leur modèle respectif.

Anne Fontaine, elle, ne cherche pas le film politique. Plutôt un buddy movie d’un genre nouveau. Vague réflexion sur le pouvoir, le patriarcat, la retraite et l’art de lâcher prise.

Présidents ne se regarde pas sans plaisir, grâce, notamment, à ses interprètes. Même s’il n’a pas l’audace satirique de ses homologues anglo-saxons.

Écrit et tourné pendant la pandémie (on aperçoit quelques visages masqués au fond des décors parisiens), le film tombe en pleine actualité préélectorale. Le spectre Le Pen est bien réel dans la vie politique française.

Là où Anne Fontaine fait un pas de côté, c’est par rapport à la violence publique qui pourrit la vie politique française. Hors les colères plutôt cocasses de son François de fiction, les rapports entre les deux rivaux et avec les Français qu’ils croisent sont policés et courtois.

Les deux présidents ne se déplacent d’ailleurs qu’avec un seul garde du corps - abstraction et simplification dramatiques opportunes qui permettent de personnaliser le rapport avec ceux-ci.

Des ex-présidents normaux, en somme.

Présidents Le monde d’après D’ Anne Fontaine Scénario Anne Fontaine Avec Jean Dujardin, Grégory Gadebois Durée 1h40.

"Présidents": toute ressemblance avec des personnages existants est fortuite. Quoique…
©D.R.