"Petite maman": brillant, émouvant, bouleversant

Entre conte et fantastique, Céline Sciamma signe une fable sur la transmission entre trois générations de femme.

Écrit pendant l’été 2020, tourné à l’automne, Petite Maman, permet à Céline Sciamma de démontrer que le cinéma, au temps du Covid, se porte bien, côté créatif du moins. Son dispositif minimaliste - huit comédiens au générique, dont quatre principaux, un décor circonscrit à une maison et à la nature environnante - n’est pas inhabituel pour la réalisatrice de Portrait de la jeune fille en feu .

Variation et cohérence

Depuis Naissance des pieuvres, la réalisatrice développe une œuvre variée et cohérente à la fois. Pour la cohérence : la prédominance de rôles féminins principaux. Pour la variation : retour à l’enfance (déjà abordée dans Tomboy ou comme scénariste dans Ma vie de Courgette ) mais ici sous le prisme de la naissance d’une relation, non pas amoureuse, cette fois, mais affective et sentimentale. Et, point plus important, d’une transmission entre génération.

Autre léger clin d’œil au temps présent, l’histoire débute dans un Ephad, où vient de s’éteindre la mère de Marion (Nina Meurisse). Sa fille, Nelly (Joséphine Sanz), huit ans, souhaite garder la canne de sa grand-mère en souvenir. À défaut d’avoir pu le dire à cette dernière, c’est aux autres pensionnaires que Nelly dit au revoir.

Mère et fille se rendent dans la maison de la défunte, qu’il faut vider. Quelques échanges formels autour des souvenirs, et au lit. Marion est une mère aimante, mais on la devine préoccupée sinon tourmentée. Peut-être par ses souvenirs.

Au matin, Marion a disparu, laissant Nelly seule avec son père (Stéphane Varupenne) dans la demeure. Partie jouer dans les bois, Nelly rencontre une fillette de son âge. Surprise : elle construit une cabane à l’exact emplacement où la mère de Nelly avait bâti la sienne. Autre coïncidence : l’autre fillette se prénomme aussi Marion.

Amour, magie et sobriété

Conte ou rêverie, Petite maman revisite avec brio la transmission. Le propos et l’intrigue sont a priori simplissimes mais se déploient avec une originalité narrative envoûtante.

Que transmet-on à nos enfants ? Que nous transmettent-ils ? Une fille peut-elle être la "petite maman" de sa mère ? Ou son ange gardien ?

L’amour, donc, est au centre de tous les films de Céline Sciamma. Ici, celui d’une petite-fille pour sa grand-mère à laquelle elle n’a pas pu dire "au revoir" et celui d’une fille pour sa mère prisonnière de regrets.

La magie d’un film qu’on ne souhaite pas trop développer au risque d’en déflorer la vivifiante fraîcheur, réside, comme toujours chez la réalisatrice dans son regard.

Elle saisit les sentiments au détour de scènes a priori anodines mais jamais innocentes ou gratuites. La sobriété dont elle fait preuve et avec laquelle elle dirige ses comédiens force le respect.

On trouve ici, en filigranes, les joies de l’enfance mais aussi les premières interrogations face à la mort, au destin, à l’avenir. Bref, un récit de vie.

La partition originale composée pour conclure le film est titrée La musique du futur. Un vrai manifeste pour une réalisatrice qui s’ingénie à réinventer la narration et nos imaginaires, film après film. Telle une (très) grande petite maman du nouveau cinéma français.

Petite maman Conte familial De Céline Sciamma Scénario Céline Sciamma Photographie Claire Mathon Avec Gabrielle Sanz, Joséphine Sanz, Nina Meurisse,… Durée 1h10.

placeholder
© D.R.