"In the Heights": vos pieds risquent de vous démanger

D’après un succès de Broadway, une comédie musicale sur la diversité du quartier de Washington Heights.

Environ huit kilomètres séparent Washington Heights, quartier du nord de Manhattan, de l’Upper West Side, décor du classique West Side Story auquel il est impossible de ne pas penser.

Dans les deux cas, il s’agit de l’adaptation d’une comédie musicale à succès de Broadway. Et chaque récit dresse le portrait des communautés hispaniques originaires des Caraïbes.

En près de six décennies, l’eau de l’Hudson a coulé sous le Washington Bridge. Il n’est plus question de guerre des gangs dans In the Heights. Les Portoricains, Cubains ou Domingois font partie de la diversité colorée d’un quartier - qu’on peut étendre à plusieurs burroughs de New York. Ce qui n’exclut pas les questions identitaires qu’affrontent nombre de descendants d’immigrés.

Carte postale

Le récit commence sur une plage de Saint-Domingue où Usnavi (Anthony Ramos) évoque devant quatre enfants la vie de son barrio. Au comptoir de son épicerie, il se languissait pour Vanessa (Melissa Barrera) qui rêve de quitter le quartier. Nina (Leslie Grace) revient pour les vacances. Inscrite à Standford, elle fait la fierté de son père, qui sacrifie tout pour lui payer ses études. Benny (Corey Hawkins) se réjouit de ce retour.

Autour des quatre jeunes gens, on découvre les habitants du quartier : le trio de coiffeuses, le marchand de glaces, le cousin d’Usnavi et Abuela, la doyenne, grand-mère d’adoption de tous et mémoire de la première génération d’immigrants, celle de ses parents.

Premier des blockbusters de l’été - reporté pour cause de Covid - In the Heights, en dépit de tous ces codes et formatages (toutes les jeunes interprètes ont la même voix et la posent comme la Princesse des Neiges de Disney) est une réjouissante carte postale.

Ancrage réaliste

À la réalisation Jon M. Chu fait le job et assure le lien avec les grandes comédies musicales d’antan. Deux points forts : comme West Side Story, In the Heights est tourné sur les lieux même de l’action, en décors réels. Les extras couvrent tout le spectre des âges et des physionomies.

En résulte dans la fantaisie poétique du musical un ancrage dans le réel vivifiant. Plusieurs scènes ressemblent à des flashmobs géantes - avec un hommage enlevé aux chorégraphies aquatiques de Busby Berkeley dans la piscine municipale de Washington Heights.

À mi-parcours, l’intrigue centrée jusque-là sur les romances latentes des deux couples putatifs de protagonistes invite la question de l’appartenance et de la toujours difficile intégration des troisièmes ou quatrièmes générations - au point, comme Usnavi, de caresser le rêve d’un retour à ses racines. La très belle séquence du passage de témoin d’Abuela - dans les entrailles du métro new-yorkais peuplé par les fantômes de l’immigration - doit parler au cœur de biens des communautés aux États-Unis. Par extrapolation, elle peut avoir du sens en Europe aussi.

Qu’on ne s’y trompe pas : on reste au royaume du musical et du divertissement hollywoodien (ou de Broadway) avec envolées lyriques, happy end de circonstance et un brin d’émotion préfabriquée.

Mais sauf à être totalement réfractaire au mambo et aux congas, on sort de là les pieds qui démangent un peu - surtout après l’envolée des séquences du Carnaval del Barrio et When the Sun Goes Down - où l’on reconnaîtra un petit hommage à la danse au plafond de Fred Astaire dans Royal Wedding.

In the Heights/D’où l’on vient Faut que ça danse De Jon M. Chu Scénario Quiara Alegría Hudes d’après la comédie musicale de Quiara Alegría Hudes et Lin-Manuel Mirand Avec Anthony Ramos, Corey Hawkins, Leslie Grace, Melissa Barrera, Olga Merediz,… Durée 2h23.

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© D.R.