"Black Widow": Scarlett Johansson, orpheline des Avengers

Le premier film de la phase IV de Marvel assure le service sans guère d’originalité.

Black Widow de Cate Shortland place la franchise Marvel à égalité avec la saga James Bond en nombre de films sortis : vingt-quatre. Est-ce la raison du clin d’œil à 007 lorsqu’on voit Natasha Romanoff (Scarlett Johansson) mater Moonraker ? Ou parce que le plan du méchant de service emprunte à celui de Blofeld dans Au Service Secret de sa Majesté ?

Au sein du panthéon Marvel, la Veuve noire, dénuée de superpouvoirs, incarne le monde de l’espionnage, façon Bond ou Bourne (auquel une scène de poursuite en voitures dans les rues de Budapest paie aussi son tribut).

Depuis son apparition dans Iron Man 2, il y a près de dix ans, les fans attendaient un film consacré au personnage, premier et éternel faire-valoir de ses mâles partenaires. Captain Marvel lui a même soufflé la politesse d’être la première super-héroïne en tête d’affiche.

Enfin décidés à réparer l’impair, les producteurs se sont retrouvés face à un double défi. Le personnage est mort dans Avengers : Infinity War. Et Scarlett Johansson n’a sans doute plus envie de le jouer indéfiniment.

Le premier écueil est surmonté en situant l’intrigue dans le passé. On découvre dans un bref flash-back d’introduction que Natasha est la fausse fille d’un faux couple d’agents russes, infiltrés aux États-Unis en 1995, avant d’être intégrée de force par leur supérieur au programme de formation des Veuves : des tueuses professionnelles sans attache et sans mémoire.

Deux décennies plus tard, après les événements de Captain America : Civil War, la Veuve est une ex-Avenger fugitive, traquée par toutes les polices du monde.

Durant sa cavale, elle renoue avec sa pseudo-sœur, Yelena Belova (Florence Pugh), également formée comme Veuve. Ensemble, elles partent en quête de leurs "parents" afin de mettre fin au programme de Dreykov (Ray Winstone), le bourreau qui leur a volé leur identité et leur jeunesse.

Alliant récit des origines et de transmission, Black Widow ressemble à un passage du témoin vers une nouvelle Veuve, plus jeune, en l’occurrence Yelena/Pugh.

Cate Shortland assure le service du blockbuster survitaminé sans ciller. Poursuites, corps-à-corps martiaux (les seuls autorisés dans une saga singulièrement asexuée), repaire dans les nuages et final pyrotechnique : tout y est. Avec, autre clin d’œil bondien : l’aréopage de femmes de main au service du machiavélique méchant.

La mécanique est efficace et bien rodée, mais sans guère d’originalité. La Veuve Johansson paraît un peu lasse et la cadette Pugh manque encore de relief.

Rachel Weisz rejoint la cohorte des guests de renom qui cachetonnent, se dotant au passage d’un irritant accent russe. David Harbour ne fait guère mieux, caricature de dourak arrogant et imbibé au sentimentalisme slave exagérément expansif.

Le film résout à peine une ambiguïté inhérente : tout en dénonçant l’exploitation des femmes, il la poursuit avec sa cohorte de tueuses sexy en combis moulantes.

L’infâme Dreykov, quasi avatar d’un producteur prédateur à la Harvey Weinstein avec son cheptel de filles perdues converties en tueuses en devient une projection inconsciente d’Hollywood. Chassez le naturel…

Black Widow Marvellerie De Cate Shortland Scénario Eric Pearson Avec Scarlett Johansson, Florence Pugh, Rachel Weisz, David Harbour, Ray Winstone,… Durée 2h13.

placeholder
© D.R.