"Falling": à 60 ans passés, l’Aragorn du Seigneur des anneaux casse son image d’acteur

Viggo Mortensen devant et derrière la caméra, dans un premier film très personnel sur la filiation.

La bonne cinquantaine, John (Viggo Mortensen) ramène son père Willis (Lance Henriksen) chez lui, en Californie. Dans le vol qui l’amène de l’État de New York, le vieux monsieur paraît dérouté, à côté de la plaque, maugréant sur tout, vociférant sur son incapable de fils. En flash-back, on découvre pourtant les deux hommes dans une scène père-fils proche de la perfection. Willis (Sverrir Gudnason) apprend à son gamin à chasser et à tuer son premier canard, que le petit John ramène fièrement à la maison, où les attend Gwen (Hannah Gross). Enceinte, la mère a le sourire aux lèvres en voyant son rejeton prendre son bain avec son nouvel ami à plumes, qui constituera le dîner du lendemain…

Mélodrame familial

Ce souvenir merveilleux, enjolivé par les années, est l’un des seuls que garde John de son père. On découvre en effet rapidement combien le vieillard, conservateur et homophobe, est infect avec son fils et son mari Eric (Terry Chen). Tout autant qu’avec sa fille Sarah (Laura Linney). Seule trouve grâce à ses yeux Monica, sa petite-fille, même s’il a bien du mal à comprendre qu’elle puisse être élevée par deux papas…

Dédié aux deux frères de Viggo Mortensen, Falling est un premier long métrage très personnel, sans être strictement autobiographique. Inspiré par la relation tumultueuse entre sa mère et son père, la star hollywoodienne livre un mélodrame familial assez froid. Et ce malgré l’éruptivité du personnage du père, campé par un Lance Henriksen très impressionnant dans le lâcher-prise pour débiter à la chaîne des répliques cinglantes. Face à lui, Mortensen, un peu éteint, campe un fils qui tente de rester zen face aux provocations, aux humiliations que lui fait subir son père, notamment sur son orientation sexuelle.

Dans les pas de Cronenberg

Son film, Viggo Mortensen le construit sur des allers-retours permanents entre passé et présent. À l’image de la démence dont souffre ce vieillard, qui mélange ses épouses, ses enfants et les époques. Autant de flash-back qui permettent d’expliquer la détérioration de la relation entre le père et son fils. Face à cet homme brutal, rongé par la colère et la jalousie, qui a fait vivre l’enfer à ses proches, le fils tente pourtant de se rattacher coûte que coûte aux quelques instants fugaces de complicité qui les unit, ne pouvant se résoudre à abandonner dans sa chute ce père indigne qui reste, malgré tout, son père…

À 60 ans passés, l’Aragorn du Seigneur des anneaux casse son image d’acteur dans un drame mature à la mise en scène très tenue. Le "jeune" réalisateur tente en effet de s’inscrire dans les pas de son mentor David Cronenberg, qui l’a fait tourner à trois reprises (dans A History of Violence en 2005, Les Promesses de l’ombre en 2007 et A Dangerous Method en 2011). Le réalisateur canadien fait d’ailleurs une apparition dans le film.

Falling Drame familial Scénario, réalisation & musique Viggo Mortensen Photographie Marcel Zyskind Avec Lance Henriksen, Viggo Mortensen, Terry Chen, Sverrir Gudnason, Hannah Gross, Laura Linney… Durée 1h52.

"Falling": à 60 ans passés, l’Aragorn du Seigneur des anneaux casse son image d’acteur
©D.R.