"Désigné coupable": Tahar Rahim impressionne à nouveau dans le rôle d’un Mauritanien interné à Guantanamo

En novembre 2001, deux mois après le 11-Septembre, Mohamedou Ould Slahi (Tahar Rahim), un Mauritanien de 30 ans, est arrêté et livré aux États-Unis. Il est considéré comme un proche de Ben Laden. Interné à Guantanamo Bay sans inculpation, il y est interrogé et torturé jusqu’à 18 heures par jour pendant trois ans.

L’administration Bush veut un procès "exemplaire" (comprenez : expéditif) confie l’instruction à un procureur militaire (Benedict Cumberbatch), ami du pilote d’un des avions détournés. Une avocate des droits de l’homme, Nancy Hollander (Jodie Foster) accepte la défense pro deo.

Sur un scénario de M.B. Traven, Kevin Macdonald reproduit le récit classique de la lutte contre l’injustice, version David contre Goliath. Hollander affronte un appareil d’État voué à la perte d’un homme condamné d’avance, sur fond de chasse aux sorcières terroristes. L’histoire et l’Histoire sont connues.

Le réalisateur écossais affectionne ces bras de fer entre des individus et des forces qui les dépassent, que ce soit Mère Nature (Touching the Void), un dictateur sanguinaire (Le Dernier Roi d’Écosse), le pouvoir politique (Jeux de pouvoir) voire la gloire (Whitney). The Mauritanien ne fait pas exception.

Le récit contourne les poncifs du film de prétoire pour préférer la phase qui précède : l’instruction. Jodie Foster et Tahar Rahim livrent tous deux une interprétation brillante. Au niveau méta, le cinéphile peut s’amuser à voir leur personnage comme une déclinaison mûre de leur rôle inaugural respectif : Clarisse Starling du Silence des Agneaux pour la première, qui serait devenue une avocate engagée, le Malik d’Un Prophète pour le second (une version de l’affiche de The Mauritanian fait même écho à celle d’Un Prophète).

Mais ce sont deux personnages secondaires, a priori plus stéréotypés, qui s’avèrent les plus complexes. Le procureur incarné par Benedict Cumberbatch voit ses certitudes ébranlées lorsqu’il prend la mesure de ce qu’on lui cache (ainsi qu’à ses concitoyens). Il doit choisir entre l’opprobre et ses convictions morales, religieuses et patriotiques (l’Amérique, juste par essence).

Teri, l’avocate stagiaire jouée par la Divergente Shailene Woodley, est mise à l’épreuve dans l’autre sens. Lorsqu’elle soupçonne Slahi d’être coupable, elle doute de sa capacité à le défendre.

C’est là le cœur du récit : la démonstration que, lorsque l’État de droit et la primauté de la loi le cèdent à la peur et à l’opportunisme politique, l’État d’exception menace. Un rappel toujours d’actualité.

Dans sa dernière ligne droite, The Mauritanian retombe malheureusement dans la démonstration naïve du triomphe du bien, arraché par la grâce de quelques individus. Slahi peut même à l’écran louer l’Amérique et sa grandeur morale jusqu’à asséner à son juge (et au spectateur) un "God Bless You".

The Mauritanian / Désigné coupable Biopic édifiant De Kevin Macdonald Scénario M.B. Traven Avec Tahar Rahim, Jodie Foster, Shailene Woodley, Benedict Cumberbatch,... Durée 2h09.

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© D.R.