"The Remains": l’impossible deuil des migrants rescapés des eaux

Nathalie Borgers se met à l’écoute de ceux qui ont tout perdu en traversant l’océan.

"The Remains": l’impossible deuil des migrants rescapés des eaux
©D.R.

Régulièrement, les infos se font l’écho de ces naufragés d’une nouvelle ère, lancés par milliers à l’assaut des vagues de la Méditerranée sur des embarcations de fortune. Les chiffres donnent le tournis et font souvent oublier l’essentiel. Derrière chaque noyé, il y a un espoir fracassé, un deuil presque impossible à faire lorsque les corps ne sont pas retrouvés. "On finira par errer comme des fous dans la rue, dit ce grand-père syrien après la disparition d’une partie de sa famille. Il n’y a pas de tombeau dans la mer !"

Tourné entre Vienne et Lesbos, The Remains - Après l’Odyssée ne fait pas mystère de ses intentions. Il épouse le combat de l’Antigone de Sophocle dès son préambule. "Si j’avais dû laisser sans sépulture un corps que ma mère a mis au monde, je ne m’en serais jamais consolée…" Scrutant les montagnes de débris d’embarcations trop frêles et de gilets de sauvetage abandonnés ou rejetés par la mer, son film se replace à hauteur humaine.

Plus de trente mille personnes sont mortes en Méditerranée ces 25 dernières années, des milliers sont portées disparues. Et autant d’autres sont enterrées anonymement. Pour donner la mesure de ce drame, Nathalie Borgers suit le parcours de Farzat Jamil, jeune Kurde Syrien réfugié en Autriche, dans ses tentatives de rassembler les membres de sa famille éparpillée.

En recueillant la parole de ceux qui patrouillent en mer pendant la nuit, à l’aide de caméras thermiques, ou de ceux qui tentent de sauver les naufragés arrivés aux abords de côtes souvent dangereuses et inhospitalières, la cinéaste montre l’onde de choc qui se propage et ses multiples répercussions. Car, malgré de nombreux sauvetages miraculeux, les marins restent marqués par tous ces corps qu’il a fallu repêcher auxquels certaines associations tentent d’offrir une sépulture digne en attendant qu’ils soient identifiés.


Entre casse-tête et tragédie humaine

La réalisatrice filme avec sobriété cette famille syrienne dévastée après la disparition de 13 de ses membres. Elle montre à quel point renoncer aux recherches est impossible tout comme suivre l’injonction de reprendre le cours de sa vie. Quel sens a l’asile si c’est pour le vivre seul ? Pour Imad, veuf et désenfanté, l’épreuve est d’autant plus dure que son frère et ses sœurs ont été accueillis en Autriche. Il est le seul à avoir obtenu l’asile en Allemagne… Où le casse-tête administratif s’ajoute à la tragédie humaine…

Nathalie Borgers (Vents de sable, femmes de roc) réinjecte de l’humain dans une tragédie quotidienne dont les échos semblent souvent trop lointains.

The Remains / Après l’Odyssée Carnet de mémoire De Nathalie Borgers Image Johannes Hammel Durée 1h30.

À voir à Bruxelles, à Flagey

"The Remains": l’impossible deuil des migrants rescapés des eaux
©D.R.