Douze ans après "Rio ne répond plus", "0SS 117" retrouvera-t-il son public ?

Nicolas Bedos n'y va pas de main morte : le réalisateur reprend la franchise parodique à succès "OSS 117" avec un nouvel opus, "Alerte rouge en Afrique noire", qui s'attaque par la caricature au racisme comme au politiquement correct.

placeholder
© AFP
AFP

Le film, prévu en salles le 4 août est l'un des plus attendus de l'été. Il est projeté samedi soir en clôture du festival de Cannes.

Une chose est sûre, dans ce nouveau volet des aventures de l'agent secret français, le génie comique de Jean Dujardin, qui l'incarne, est intact. L'acteur oscarisé enfile pour la troisième fois le costume rétro de l'espion le moins doué du renseignement tricolore, dont la suffisance n'a d'égale que la nullité.

Au programme: nouvelles cascades bouffonnes irrésistibles, parodies de scènes de James Bond et saillies racistes brut de décoffrage à prendre au troisième degré.

Dans "Alerte rouge en Afrique noire", 117 se voit confier une nouvelle mission, aider un dirigeant africain (le pays n'est pas précisé, peu importe aux yeux d'OSS et de ses supérieurs....) à mater une rébellion avant des élections présidentielles, bien entendues jouées d'avance.

Mais Hubert Bonisseur de la Bath, tiré à quatre épingles et qui en est toujours à saluer le petit personnel féminin d'une tape sur la fesse, prend un gros coup de vieux : on lui adjoint les services d'un jeune ambitieux , OSS 1001 (Pierre Niney). Fatou N'Diaye est Zéphyrine la "méchante", femme du président et cheffe des rebelles, dans le lit de laquelle finira, évidemment, OSS 117.

Sans filtre

Mais douze ans après la sortie de "Rio ne répond plus", l'humour "OSS 117" sonnera-t-il de la même façon, dans une société où les questions de racisme, d'héritage colonial et de remise en cause du patriarcat sont devenues centrales ?

Les deux précédents volets, signés Michel Hazanavicius, jouaient eux aussi avec l'exotisme et les clichés. "Alerte rouge en Afrique noire" attaque frontalement ces sujets qui fâchent.

placeholder
© AFP


C'est Nicolas Bedos, 42 ans, qui a pris les commandes pour cette adaptation au rythme enlevé. Personnalité connue depuis ses apparitions à la télé chez Laurent Ruquier, lui-même humoriste, acteur et écrivain, avec "OSS 117" il signe son troisième film, après "La Belle époque" et "Monsieur et Madame Adelman".

Engagé à gauche, le fils de Guy Bedos n'a pas peur des prises de positions clivantes, et a travaillé avec le même scénariste que pour les précédents opus. Dans "OSS 117 : Alerte Rouge en Afrique noire", il n'hésite pas à appuyer là où ça fait mal.

Le film se déroule dans la France de 1981, à la fin du mandat de Valéry Giscard d'Estaing et manie un humour sans filtre, avec Jean Dujardin en mâle blanc vieillissant, balourd et dépassé, qui s'embourbe dans le politiquement correct.

Tintin au Congo

Mouvement #MeToo, "cancel culture", cet opus multiplie les clins d'oeil aux débats du moment, avec un héros qui révise ses fondamentaux, dans l'avion qui décolle de Paris, en relisant "Tintin au Congo".

Prévenu par son supérieur avant de débarquer sur le continent du fait que "nos amis voient du racisme partout", l'espion en fait des tonnes pour montrer patte blanche dès son arrivée à l'hôtel.

Il refuse ainsi qu'un groom noir lui porte ses valises en lançant : "Mais qu'est-ce que c'est que ces préjugés ?".

placeholder
© AFP


Le virilisme aussi en prend pour son grade, toujours en mode caricature appuyée, avec un OSS 117 macho et homophobe, réduit à l'impuissance sexuelle et dépassé par 1001, le personnage de Pierre Niney, métrosexuel en diable.

Evidemment, ce grand voyage sera l'occasion de quelques leçons de vie pour le personnage de Dujardin, convaincu au départ que "les Africains sont joyeux, sympathiques, et dansent bien".

En attente de sortie depuis des mois, "0SS 117" trouvera-t-il son public ? Les précédents volets du cousin français d'"Austin Powers", adapté d'une série littéraire signée Jean Bruce inaugurée dès 1949, ont placé la barre haute : les deux premiers épisodes ont réuni à leur sortie plus de deux millions de spectateurs chacun.

Sur le même sujet