"Sweet Thing": il est permis de rêver un monde à soi

Alexandre Rockwell filme un trio dégourdi, plein d’humour, bien décidé à profiter de la vie.

Billie (Lana Rockwell) et son petit frère Nico économisent pour Noël. Ils veulent aider leur père (Will Patton), qui a trouvé un job au dépôt de bus, à faire en sorte que la soirée soit belle. Mais Adam a un sérieux penchant pour la bouteille et, parfois, la situation vire à l’aigre… Très proches l’un de l’autre, Billie et Nico s’épaulent toujours en cas de coup dur. Lorsque leur père doit partir en cure, les deux enfants sont confiés à leur mère, Eve (Karyn Parsons), dont le nouveau compagnon, Beaux, est un macho, menaçant et lourdaud. La proximité de la mer et la découverte d’une bande de gamins squattant la plage, permet au duo de passer du bon temps. Au retour d’une virée, Nico (Nico Rockwell) avoue à Billie que Beaux l’a agressé. Les deux enfants décident de s’enfuir...

Le cinéaste Alexandre Rockwell (Little Feet, 13 Moons), entraîne ses deux enfants dans cette aventure au goût doux-amer qui en dit long sur la force de l’imagination et les périls qui menacent les gamins de familles pauvres et/ou dysfonctionnelles.

Ce drame, qu’il a écrit et réalisé, est une ode à la magie enfantine, cette capacité à faire naître la beauté au cœur du chaos. La voix de la jeune Billie, fier hommage à l’icône Billie Holiday, son goût pour les histoires et les aventures font partie intégrante des trésors qui embellissent les journées.

En croisant la route de Malik (Jabari Watkins), jeune gars débrouillard et déterminé, leur virée prend une tournure plus festive et "radicale". Comme si tous les trois laissaient enfin exploser leur joie et leur soif de vivre…

L’autre versant du rêve américain

Le contraste entre l’injustice, la dureté du monde des adultes et le cocon protecteur et joyeux que le trio s’est fabriqué fait toute la beauté de Sweet Thing. Un film qui, par ses choix musicaux, son noir et blanc évocateur, ses rêveries et sa poésie mais aussi ses fondus au noir à la Chaplin, rend hommage au partis pris clownesque que ce dernier mettait en lumière dans l’existence. Prouvant ainsi que l’optimisme, l’imagination et la débrouillardise peuvent offrir des cadeaux dont vous n’osiez même pas rêver. Comme transformer le quotidien banal de laissés-pour-compte en moments de grâce, d’allégresse et même de pure joie.

Entre un père malheureux et alcoolique et une mère négligente, Billie et Nico n’ont que leur humour, leurs aventures et leurs chansons pour tirer le meilleur parti du versant Nord du rêve américain. Cette part d’enfance conquérante et irrésolue, le frère et la sœur en prennent bien soin en attendant des lendemains qui chantent…

Le film a reçu l’Ours de cristal du meilleur film dans la section Génération Kplus lors du festival de Berlin.

Sweet Thing Road-trip d’enfance De Alexandre Rockwell Scénario Alexandre Rockwell Avec Lana et Nico Rockwell, Will Patton, Karyn Parsons Durée 1h31

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