"Sweat" : L’ultra moderne solitude de l’influenceuse

Avec ses 600 000 followers, Sylwia domine le monde du fitness, mais elle est bien seule.

Sylwia Jazac, star du fitness, déborde d’énergie. Effilée, musclée, tonique, souriante, elle incarne une forme de perfection aux yeux de ses fans, hommes comme femmes, avec ses longs cheveux blonds, sa silhouette de rêve et ses yeux bleu lagon. La jeune femme prend son rôle de coach et d’influenceuse très au sérieux et chouchoute ses 600 000 followers qu’elle appelle ses "chéris" et qui le lui rendent bien.

Le besoin viscéral d’être aimé

Sylwia veut sans cesse se dépasser et pousse les autres à en faire de même. Vidéos, messages et posts s’échangent au fil de la journée rythmée par le culte du corps sain dans un environnement sain. Entraînement, nutrition, matériel et tenues de sport : rien n’est laissé au hasard, dévoilant au passage une grande part de l’intimité de Sylwia. Si elle est courtisée par de nombreux annonceurs, ceux-ci regrettent pourtant que la jeune femme se soit confiée sur la solitude dont elle souffre parfois. Un besoin d’attention décuplé par les manques qu’elle ressent en croisant d’autres jeunes femmes de son âge, mariées ou sur le point de devenir maman.

La situation se corse encore lorsque Sylwia prend conscience qu’un homme la suit et reste posté durant des heures en bas de son appartement. Un "pervers" qui finit par lui faire peur.

Ce film suédo-polonais sans fioritures ni musique excédentaire, est nourri par les écueils du quotidien et les failles des êtres humains : ce besoin viscéral d’être reconnu et aimé.

À l’heure de la télé-réalité envahissante, des posts Instagram avec ou sans filtres et des réseaux sociaux victorieux, Sweat montre bien à quel point cette course aux "like" et au partage ruine l’existence de Sylwia plutôt que de l’enrichir. Pourtant au fond d’elle, elle sent bien que cette quête de perfection est illusoire.

"La meilleure version de soi-même"

La caméra de Magnus Von Horn permet d’entrer au cœur de cette course à la performance qui vise chaque jour à devenir "la meilleure version de soi-même", à la manière d’une influenceuse mode et beauté ou d’un athlète de haut niveau. Une quête d’excellence qui a des allures de prison dorée, car elle ne conduit pas forcément au bonheur et tend plutôt à isoler la jeune femme. Ainsi, face à sa maman, Sylwia n’est plus qu’une petite fille qui souhaite juste être aimée.

Magnus von Horn trouve en Magdalena Kolesnic une interprète de choix : une athlète à la fois frêle et extrêmement forte, sorte de guerrière ultime du quotidien qui rend tangible les dérives auxquelles mène un excès d’attention à son image.

Le film figurait dans la sélection officielle du festival de Cannes 2020.

Sweat Physique de l’extrême De Magnus von Horn Scénario Magnus von Horn Avec Magdalena Kolesnic, Julian Swiezewski Durée 1h40

"Sweat" : L’ultra moderne solitude de l’influenceuse
©IPM