"Profession du père" : Jean-Pierre Améris échoue à traduire la force du roman de Sorj Chalandon

"Profession du père" : Jean-Pierre Améris échoue à traduire la force du roman de Sorj Chalandon
© Ad Vitam

Du haut de ses douze ans, Emile écoute religieusement les diatribes politiques de son père, André. Nous sommes en 1961, et comme une frange de l’armée, André pense que le général de Gaulle a trahi la France en abandonnant l’Algérie.

Un père, on le vénère, surtout si on croit qu’il œuvre au sein d’une organisation "pour l’honneur de la France" et que son meilleur ami, l’invisible Ted, est un agent de la CIA. Alors Emile exécute les missions qu’André lui confie : écrire les noms des rebelles sur les murs, poster des lettres de menace, suivre des ennemis…

Le hic, c’est qu’André est joué par Benoît Poelvoorde. Même sans avoir lu le roman de Sorj Chalandon, on se doute que sa logorrhée est délire, que ses menaces ne sont que rodomontades et que sa capacité à la violence ne dépasse pas le cercle familial. André est une baudruche qui ne fait ni rire ni frémir.

Il manque à cette adaptation le relief du réel (le roman de Chalandon est inspiré de son histoire familiale). Comme ces décors de rues lyonnaises quasi-désertes, avec leurs voitures d’époque ripolinées qui sortent du garage d’un collectionneur, le film est une esquisse .

Là où le roman cherchait une vérité intérieure (et non historique ou médicale), Jean-Pierre Améris survole cette chronique d’une folie, entre schizophrénie et paranoïa. Il échoue à traduire de façon consistante la résilience de l’enfant ou à quel point la mère est aussi une victime, terrorisée dans son déni.

Le résultat est une mauvaise caricature de fiction, qui rate son sujet : peinture d’une folie domestique qu’on ne qualifiera pas d’ordinaire, mais qui flirte pourtant avec la "banalité du mal". Car à une autre place, investi d’un autre pouvoir, un André Choulans aurait pu commettre le pire.

Profession du père Drame De Jean-Pierre Améris Scénario Jean-Pierre Améris, Murielle Magellan d’après Sorj Chalandon Avec Benoît Poelvoorde, Audrey Dana, Jules Lefebvre Durée 1h45

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