Que vaut "Titane", le film choc qui a électrisé Cannes et qui sort ce mercredi ?

Palme d’or à Cannes, un exercice de style jusqu’au-boutiste signé Julia Ducournau, avec Vincent Lindon et l’impressionnante Agathe Rousselle.

Cinq ans après avoir mis le feu à la Semaine de la Critique avec Grave , Julia Ducournau faisait son retour à Cannes il y a quinzaine de jours, cette fois en Compétition officielle avec son second long métrage, Titane. Un retour triomphal puisque la cinéaste française a décroché une Palme d’or chic et choc !

Toujours coproduit par les Liégeois de Frakas, Titane reste dans le registre du cinéma horrifique, à travers le destin de l’insaisissable Alexia (Agathe Rousselle). Victime d’un accident de la route enfant, celle-ci a grandi avec une plaque de titane fixée dans la tête. Ce qui a développé chez elle un véritable amour pour les voitures. Aujourd’hui danseuse pour des shows automobiles underground, la jeune femme assume totalement son attirance pour les gros bolides. Un soir, après avoir éconduit, d’un coup de baguette métallique dans la tête, un fan un peu trop pressant, Alexia fait l’amour avec une belle Chevrolet… et tombe enceinte.

L’ombre de Cronenberg

Poursuivant son parcours macabre en dézinguant toutes celles et ceux qui se mettent sur son chemin - dans une série de scènes à la limite du soutenable où l’on retrouve le goût du gore de Ducournau -, la jeune tueuse en série est traquée par la police. Elle décide donc de se couper les cheveux et de se casser le nez (autre scène irregardable…) pour se faire passer pour Romain, le fils, disparu depuis 10 ans, d’un commandant de sapeurs-pompiers (Vincent Lindon). Lequel accueille ce fils étrange et taciturne au sein de sa brigade…

"Titane : Métal hautement résistant à la chaleur et à la corrosion, donnant des alliages très durs", précise Julia Ducournau dans le dossier de presse de son film. Tout est dit de la volonté de la cinéaste, qui livre un film brutal, qui résiste à toute volonté de caresser le spectateur dans le sens du poil. Elle l’emmène en effet dans un univers fantasmagorique étrange, où se mêlent la fascination pour les voitures, les corps masculins musculeux, le feu (notamment à travers les exercices des pompiers, filmés de façon chiadée) et un goût réaffirmé pour la métamorphose. Où l’on sent clairement planer l’ombre encombrante de David Cronenberg et de son Crash qui, en 1996, convoquait les mêmes fantasmes morbides autour des voitures et des corps blessés.

On se souvient, dans Grave, de cette jeune étudiante vétérinaire végétarienne qui, mordant dans un morceau de viande durant son bizutage, se découvrait un goût immodéré pour la bidoche. Le principe est ici le même avec le métal qui, à mesure que sa grossesse avance, va modifier le corps de l’héroïne. Laquelle s’impose qui plus est une véritable torture physique pour cacher, comme elle peut, ses formes féminines.

Étude d’un corps

Son film, Julia Ducournau le construit comme une étude du corps de sa jeune actrice Agathe Rousselle. Un corps dénaturé, défiguré, molesté, douloureux, suintant, sale… Un corps qui n’est ni masculin ni féminin, pas androgyne pour autant. En cela, Titane est un vrai film de genre, qui explore par le fantastique les questions de l’identité de genre, de la sexualité, de la filiation, de la virilité et de la féminité… Totalement impliquée physiquement, la jeune comédienne, impressionnante dans son premier rôle au cinéma, est à l’aise dans cet univers étrange. Vincent Lindon - qui a visiblement soulevé de la fonte pour ce rôle… - semble, lui, un peu perdu dans la peau de ce père troublé et attiré par ce fils étrange…

Surchargé de références (notamment religieuses), porté par une mise en scène hyper-stylisée, Titane est un film boursouflé, qui surjoue la pose et la provoc mais qui, finalement, n’a pas grand-chose à nous dire de la monstruosité qu’il revendique en étendard… Reste néanmoins une véritable expérience de cinéma.

Titane Thriller psychédélique Scénario&réalisation Julia Ducournau Photographie Ruben Impens Musique Jim Williams Montage Jean-Christophe Bouz Avec Vincent Lindon, Agathe Rousselle, Dominique Frot… Durée 1h50

Que vaut "Titane", le film choc qui a électrisé Cannes et qui sort ce mercredi ?
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