"True Mothers" : Une affaire de mères

Naomi Kawase interroge ce qui fait la mère : le statut ou le lien biologique.

Alors que Naomi Kawase, 52 ans, tourne pour la postérité les exceptionnelles jeux Olympiques de Tokyo, sort sur nos écrans son quatorzième long métrage.

True Mothers s’inscrit dans la droite ligne des drames qu’affectionne la réalisatrice japonaise, souvent sur fond de deuil et d’héritage (Shara, 2003, La Forêt de Mogari, 2007, Les Délices de Tokyo, 2015).

True Mothers s’ouvre sur les halètements d’une femme en train d’accoucher avant de se ponctuer sur les mots "mon bébé". Le bébé en question est Asato, un garçonnet qu’on découvre quelques années plus tard, entouré de l’amour de ses parents, Satoko et Kiyokazu. Lorsque l’enfant est accusé par un camarade de classe de l’avoir poussé, Satoko prend sa défense, convaincue que son fils ne ment pas lorsqu’il affirme ne pas être responsable.

La mère se remémore les épreuves que son mari, infertile, et elle ont surmontées pour devenir parents. Un passé qui les rattrape lorsqu’une jeune femme les menace d’un chantage concernant l’origine d’Asato.

On n’en révélera pas plus de ce récit adapté d’un roman de Mizuki Tsujimura. Après une mise en place un brin longue, et un point de départ trompeur, l’intrigue ménage ses effets et ses révélations par des allers-retours entre passé et présent.

Le pluriel du titre est un léger indice : on croise plusieurs figures de mères, biologique ou non, réelle ou cooptée. Avec un problème national en filigrane - l’infertilité et la baisse de la natalité au Japon - True Mothers prend les accents d’un drame qui flirte tantôt avec le thriller, tantôt avec le documentaire - notamment lorsque le couple se rend à un séminaire sur l’adoption.

Naomi Kawase n’oublie pas son rapport spirituel à la nature. Celle-ci a des accents presque métaphoriques : la stérilité du couple se déploie dans la froideur anonyme d’une ville moderne où les immeubles sont interchangeables, les lieux domestiques presque identiques aux espaces de travail, alors que la vie survient précocement dans une région où nature sauvage et habitats traditionnels subsistent encore (sans surprise, Nara, royaume des biches et région natale de la réalisatrice). La gestation d’Asato, enfin, se déroule sur une paisible île au large de Hiroshima.

C’est dans ces lieux que la réalisatrice capte la lumière (soleils couchants ou levants) et qu’une de ses protagonistes trouve la sérénité.

Le récit tend vers le drame et semble appeler la mort, qui visite souvent les œuvres de la réalisatrice. Mais une ultime bifurcation ramène le film à son ode à l’amour maternel, quel qu’il soit.

True Mothers Drame De Naomi Kawase Scénario Naomi Kawase et Izumi Takahashi d’après le roman de Mizuki Tsujimura. Avec Arata Iura, Hiromi Nagasaku, Taketo Tanaka Durée 1h40

"True Mothers" : Une affaire de mères
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