"Onoda": un film de guerre... sans guerre

Une exploration de la folie, à travers l’histoire, réelle, d’un soldat japonais qui n’a rendu les armes qu’en 1974…

Alors que la guerre est quasiment perdue pour le Japon, Hiro Onoda - qui se rêvait pilote d’avion, mais qui a dû renoncer à une mission kamikaze - est recruté par le major Taniguchi, qui l’intègre à un programme de formation à la guerre secrète. À la fin 1944, le jeune homme est envoyé sur l’île de Lubang, au large de Manilles, aux Philippines. Alors que les Américains ont débarqué sur l’île, avec une poignée d’hommes, il tente de survivre. Sa guerre ne s’achèvera… qu’en 1974 !

Évocation ambitieuse

Présenté en ouverture d'Un Certain Regard cette année à Cannes, Onoda - 10 000 nuits dans la jungle, large coproduction européenne (avec notamment les Liégeois de chez Frakas), est un film pas banal. Tourné avec des acteurs essentiellement japonais, le second long métrage d'Arthur Harari est une œuvre très ambitieuse, qui retrace l'incroyable destin d'Hiro Onoda. Morte en 2014, cette figure nippone ambiguë est le dernier des "soldats japonais restants" connu (cf. ci-contre).

Acteur à ses heures perdues, notamment pour Justine Triet dans La Bataille de Solférino en 2011 et Sibyl en 2017, Arthur Harari est un adepte du genre. Après le film de casse avec Diamant Noir en 2016 (qui avait valu le César du meilleur espoir masculin à Niels Schneider), il s'attaque à un film de guerre littéralement sans la guerre. On sent le plaisir, quasi physique, pris par le jeune cinéaste et son frère Tom Harari à la photo durant ce tournage exotique, pour reconstituer, au Cambodge, une île philippine. Et l'on comprend sans peine la fascination qu'a pu exercer sur le jeune Français l'incroyable histoire d'Hiro Onoda.

Enfermé dans sa bulle

S'il est difficile de ne pas penser à Apocalypse Now, autre plongée dans la folie guerrière, Onoda s'en distingue par sa volonté de construire un personnage enfermé dans ses propres certitudes, bien au-delà de l'endoctrinement ultra-patriotique dont il a été victime. Un homme jeté dans une folle course en avant, emmenant dans son délire de pauvres bougres, sans qu'aucun retour en arrière ne soit possible.

En ce sens, Onoda paraît presque contemporain. Cette façon qu’il a de chercher partout la moindre justification pour valider sa vision erronée du monde fait en effet penser au fonctionnement de la pensée complotiste, mais aussi aux bulles de filtre des réseaux sociaux dans lesquelles nous baignons tous…

Onoda - 10 000 nuits dans la jungle Film de guerre De Arthur Harari Scénario Arthur Harari & Vincent Poymiro (avec la collaboration de Bernard Cendron) Photographie Tom Harari Avec Endo Yuya, Tsuda Kanji, Matsuura Yuya, Chiba Tetsuya… Durée 2h45.

"Onoda": un film de guerre... sans guerre
©D.R.