"I care a lot": qui, de cette jeune femme bien sous tout rapport ou du patron de mafia sans foi ni loi, est le moins pourri ?

Rosamund Pike en tutrice légale qui tient beaucoup, mais vraiment beaucoup à ses vieux pupilles…

La quarantaine étincelante, Marla Grayson (Rosamund Pike) se définit comme une "lionne". Elle sait que l’idée de rester dans le droit chemin pour réussir, c’est du bla-bla inventé pat les riches pour que les pauvres restent pauvres. Et elle est bien décidée à devenir, non pas riche, mais ultra-riche ! Pour ça, elle est évidemment prête à s’affranchir de la morale. Son truc ? De mèche avec un médecin, obtenir du tribunal la tutelle légale de patients âgés aisés prétendument malades, qu’elle s’empresse de mettre en maison de repos pour revendre leurs biens et administrer leurs avoirs. En se servant très confortablement au passage…

Sa petite entreprise fonctionne du tonnerre. Elle a même dû embaucher plusieurs employées pour veiller sur ses pauvres patients, dont la belle Fran (Eiza González), sa femme à tout faire, qui partage ses secrets, mais aussi sa vie… Sa nouvelle poule aux œufs d’or est Jennifer Peterson (Dianne Wiest), une riche retraitée a priori sans histoire. A priori seulement, car elle est en fait liée à un boss de la mafia locale (Peter Dinklage), qui n’est pas prêt à laisser la vieille dame aux mains de Marla…

Fable cynisme

Après le polar en huis clos dans La Disparition d'Alice Creed (avec Gemma Arterton en 2009), la science-fiction dans La Cinquième Vague (avec Chloë Grace Moretz en 2016) et le récit historique dans la mini-série BBC Gunpowder, le Britannique J Blakeson reste fidèle au genre avec ce thriller ultra-cynique. Il s'intéresse ici au business du "care" (les soins aux personnes dépendantes) dans un pays comme les États-Unis, où la logique marchande a été poussée à son terme. Exactement comme le faisait Steven Soderbergh dans le génial Unsane (Paranoïa) en 2018 (resté inédit chez nous), qui utilisait, lui, le genre pour dénoncer le business des hôpitaux psychiatriques.

Comme dans le récent Hustlers avec Jennifer Lopez, Blakeson met en scène deux héroïnes fortes qui, dans un monde d'hommes, ont choisi d'appliquer à la lettre les principes néo-libéraux pour s'imposer, en écrasant la concurrence et surtout en manipulant les plus faibles.

Étincelante Rosamund Pike

Face à la Mexicaine Eiza González, Rosamund Pike est tout simplement parfaite dans le rôle de cette tutrice légale arnaqueuse. Dans la lignée de sa composition dans Gone Girl de David Fincher en 2014, l'actrice anglaise est bluffante. Et nous place dans une position assez inconfortable. Qui, finalement, de cette jeune femme bien sous tout rapport ou du patron de mafia sans foi ni loi - dans ce rôle haut en couleur, Peter Dinklage (Game of Thrones, Three Billboards ) est à nouveau formidable - est le moins pourri ? À moins finalement, ironie du cynisme, que ce ne soit que les deux faces d'une même pièce…

I Care a Lot Thriller cynique Scénario & réalisation J Blakeson Photographie Doug Emmett Avec Rosamund Pike, Peter Dinklage, Eiza González, Dianne Wiest… Durée 1h58.

"I care a lot": qui, de cette jeune femme bien sous tout rapport ou du patron de mafia sans foi ni loi, est le moins pourri ?
©D.R.