"Gunda": ma vie de cochon

Un documentaire contemplatif qui questionne notre rapport à l’élevage et à notre consommation de viande.

Une heure et demie aux côtés de Gunda, une truie, et de ses petits, mais aussi de vaches et d'un poulet unijambiste… Voilà l'expérience que propose le cinéaste russe Viktor Kosakovskiy dans Gunda, coproduction américano-norvégienne, qui bénéficie notamment du soutien de Joaquin Phoenix. Une expérience, car ce documentaire contemplatif est aux antipodes de ce à quoi peuvent nous habituer des émissions de téléréalité type Une saison au zoo.

Conférer de la dignité au sujet

Noir et blanc chiadé, mouvements de caméra subtils pour nous placer au plus près des animaux, absence totale de commentaire… Gunda opte pour les codes du cinéma d'auteur le plus exigeant pour conférer toute sa dignité à un sujet de prime abord anodin : la vie quotidienne d'une truie et de sa douzaine de porcelets, depuis leur naissance - à laquelle on assiste quasi en direct.

Se plaçant dans la position d'un éthologue, Viktor Kosakovskiy mobilise tous les moyens du 7e Art pour observer le comportement de ces animaux de ferme. Et alors qu'on est a priori très loin des ressorts classiques de l'anthropomorphisme - mise en scène très formaliste créant une distance, pas de commentaires faisant un parallèle avec les comportements humains ou donnant des petits noms aux animaux -, se crée malgré tout une forme d'empathie du spectateur, ces animaux se transformant en vrais personnages. Exactement comme dans Cow, impressionnant documentaire de la Britannique Andrea Arnold consacré à une vache et présenté à Cannes il y a quelques semaines.

Ne pas imposer son point de vue

Derrière l’apparente objectivité de l’observation, Kosakovskiy interroge notre regard sur ces animaux, dont la vie entière est destinée à notre alimentation. Mais pas question pour lui de livrer un documentaire engagé. Refusant de prendre le spectateur par la main, il le force au contraire à se forger sa propre opinion, en laissant parler les images. Face à cette vision d’une nature bucolique - même si totalement domestiquée -, on peut lire un plaidoyer pour le véganisme, comme une ode à l’élevage artisanal. Même si la seule présence humaine, mécanique (le fermier restant hors-champ), est pour le moins inquiétante et ne laisse guère planer le doute sur l’opinion du cinéaste lui-même qui, dans les années 1960, aurait d’ailleurs été le premier végétarien connu en Union Ssviétique…

La position de Viktor Kosakovskiy est pourtant pour le moins ambiguë. Ce conte animalier d’une vie idyllique à la ferme est en effet une pure mise en scène. Son film, le Russe l’a en effet tourné dans des fermes et des sanctuaires animaliers en Norvège, en Espagne et en Grande-Bretagne… Pour recréer l’utopie d’une vie en harmonie entre les humains et les animaux.

Gunda Documentaire De Viktor Kosakovskiy Scénario & montage Viktor Kosakovskiy & Ainara Vera Montage Viktor Kosakovskiy & Egil Håskjold Larsen Durée 1h33.

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© D.R.