"Lourdes": le spectateur est parfois placé dans une position inconfortable

Immersion dans la grotte de Lourdes, au plus près des pèlerins.

Depuis qu’un beau jour du 11 février 1858, la jeune Bernadette Soubirous a affirmé avoir vu pour la première fois l’Immaculée Conception dans la petite grotte de Massabielle, Lourdes est devenu un lieu sacré pour des millions de catholiques. Chaque année, la petite ville des Pyrénées accueille ainsi quelque 6 millions de visiteurs. De quoi en faire l’un des quatre principaux lieux de pèlerinage dans le monde. Parmi ceux-ci, on compte quelque 60 000 malades et invalides, venus dans l’espoir que le contact avec l’eau de la source de Massabielle provoque chez eux une guérison miraculeuse…

C'est à ces derniers que s'intéressent Thierry Demaizière et Alban Teurlai dans leur dernier documentaire Lourdes, tourné durant huit mois en 2017. Connu notamment pour Relève (un documentaire sur le travail de Benjamin Millepied à l'Opéra national de Paris), Rocco (portrait de la star du X italienne) ou pour Move (série documentaire consacrée à la danse sur Netflix), le duo s'attache ici à nous faire pénétrer dans les coulisses du pèlerinage, aux côtés d'enfants en fin de vie, de malades incurables, de handicapés moteurs, de leurs parents et des bénévoles et des aides-soignantes qui les prennent en charge sur place avec un incroyable dévouement, mais aussi de gitans ou de prostitué.e.s parisien.ne.s. "Le public de la grotte, c'est celui qui suivait Jésus il y a 2 000 ans : les handicapés, les rejetés, les gens de mauvaise vie", réfléchit ainsi un habitué de l'escale à Lourdes…

Espoir forcément déçu

Sans commentaire, sans mise en contexte, le documentaire décrit la souffrance de ces témoins, mais surtout leur fol espoir. Plus qu'un film sur le pèlerinage (dont on n'apprend pas grand-chose - on ne saura notamment rien de son aspect financier) ou sur le mystère de la foi (qui paraît assez secondaire dans l'aventure), Lourdes est en effet un film sur l'espoir. Un espoir que tous savent forcément déçu… À commencer par un jeune prêtre qui, après une semaine de pèlerinage, plaisante avec un tétraplégique au grand sourire : "Allez, lève-toi maintenant. Ce serait si beau…"

Si l'intention de Demaizière et Teurlai est louable, ils nous placent par moments dans une position inconfortable, non pas celle du voyeur, mais du spectateur de la détresse physique et mentale de femmes et d'hommes qui se raccrochent à ce qu'ils savent être une chimère… "J'ai jamais été en colère contre la Vierge. Elle y est pour rien la pauvre. Si elle avait pu faire quelque chose, elle l'aurait fait. Mais il y a tant de personnes qui demandent quelque chose ; on est trop nombreux. C'est comme au loto, on est très peu à être sélectionnés…", confie la mère de Cédric, 40 ans et paralysé, dont elle s'occupe toujours comme son "bébé"

Lourdes Documentaire De Thierry Demaizière & Alban Teurlai Scénario Jeanne Aptekman, Sixtine Léon-Dufour, Thierry Demaizière & Alban Teurlai Photographie Alban Teurlai Musique Pierre Aviat Durée 1h31.

"Lourdes": le spectateur est parfois placé dans une position inconfortable
©D.R.