"Louloute": les rêves d’une enfance volée à la ferme

Ancré en Normandie, le film d’Hubert Viel revisite la ferme que Louise, petite, aimait tant malgré la boue et les soucis d’argent.

Parfois dans la lune, souvent endormie dans les parcs, Louise (Érika Sainte) est un professeur d’histoire-géo un peu à part et souvent en retard. L’arrivée d’un nouveau prof d’anglais dans son lycée la replonge dans ses souvenirs d’enfance. Il y a trente ans, Dimitri et elle étaient à l’école primaire ensemble, en Normandie. À l’époque, Louise, alias Louloute, pleine d’insouciance, habitait dans la ferme de ses parents, Jean-Jacques et Isabelle (Laure Calamy). Louise se souvient très bien du jour où elle a découvert les ennuis de ses parents. Si son frère Kevin et sa petite sœur Nathalie ne se tracassaient guère, Louise ne pouvait s’empêcher de cogiter. Voyant son père (Bruno Clairefond) de plus en plus tendu, s’enfoncer dans les calculs, elle souhaitait à tout prix l’aider à sauver la ferme familiale des factures qui amoncelaient et des dettes qui menaçaient. Sensible et intuitive, Louise ne savait plus à qui se vouer - Jésus ou un rebouteux ? - d’autant que le sort des animaux, notamment celui des vaches et des poules, l’inquiétait.

Douloureux retour aux sources

Pour son deuxième long métrage, Hubert Viel revient sur sa terre natale, la Normandie, et s’intéresse au destin des producteurs laitiers à un moment charnière : le tournant des années 80. Alors que les fermiers se lançaient dans une course à la rentabilité et que le prix du lait ne cessait de baisser.

Grâce à sa formidable interprète, la jeune Alice Henri (Louise jeune), le cinéaste parvient à retranscrire assez fidèlement l’ambiance des années 80, en France, avec la montée en puissance des émissions pour la jeunesse, d’un côté, et celle de la colère des agriculteurs, de l’autre. Tiraillée entre ces deux univers, entre monde des adultes et enfance, hypersensible et amoureuse de sa terre, Louise a vécu un important traumatisme réveillé, trente ans plus tard, par l’imminence de la vente de la ferme familiale.

Naviguant entre ces deux époques, entre le réel et les songes d’une fillette mélancolique, le long métrage souffre de quelques baisses de rythme et d’un fil parfois trop distendu, mais l’humanité et la sincérité de ses interprètes ainsi que quelques jolies trouvailles visuelles lui permettent d’affirmer sa personnalité.

Louloute Rêves d'enfance Scénario & réalisation Hubert Viel Avec Erika Sainte, Alice Henri, Laure Calamy... Durée 1h27.

placeholder
© IPM