"Candyman" : Chicago hanté par son passé raciste

Une relecture, très politique, du croque-mitaine noir signée Jordan Peele.

Réalisé en 1992 par l'Anglais Bernard Rose d'après la nouvelle The Forbidden de Clive Barker (le créateur de Hellraiser), Candyman a connu un joli succès - à l'époque, les gamins jouaient à se faire peur en prononçant cinq fois devant leur miroir "Candyman"… -, avec deux suites à la clé en 1995 et 1999. Confiée au génial Jordan Peele, qui officie ici en tant que producteur et coscénariste, cette suite relance la saga de façon passionnante.

Tout en restant fidèle au récit originel - l'histoire de ce peintre noir qui, au XIXe siècle, fut lynché pour avoir mis enceinte une jeune fille blanche et dont l'âme se transforma en méchant croque-mitaine -, Candyman version 2021 en propose une relecture très politique et très Black.

Comme dans le premier film, l’histoire se déroule à Chicago, à Cabrini Green. Autrefois mal famé et majoritairement italien, puis noir, le quartier a bien changé depuis les années 1970. Les anciennes tours HLM ont été rasées pour faire place à des immeubles flambant neufs. C’est dans l’un de ces appartements chics qu’habite un jeune couple black branché : l’artiste Anthony McCoy (Yahya Abdul-Mateen) et Brianna Cartwright (Teyonah Paris). Curatrice dans une importante galerie d’art contemporain, elle encourage son compagnon à se renouveler. Celui-ci décide donc de s’inspirer de la légende urbaine qui continue d’habiter le quartier, celle du Candyman, le tueur aux bonbons…

Confiée à Nia DaCosta (connue pour Little Woods en 2018 avec Tessa Thompson et Lily James, et que l'on retrouvera l'année prochaine pour The Marvels, la suite de Captain Marvel ), Candyman remplit parfaitement son office en tant que film d'horreur efficace. Mais c'est surtout par son sous-texte qu'il se démarque. Où l'on sent la patte de Jordan Peele qui, après Get Out ou Us, poursuit son exploration des inégalités raciales et sociales aux États-Unis à travers le genre. Son Candyman continue en effet de venger toutes celles et ceux qui souffrent de l'oppression. Traitée ici de façon très intéressante, à travers le thème de la gentrification (bien réelle) du quartier de Cabrini Green, où de riches promoteurs (blancs) ont chassé la population pauvre (noire) pour accueillir de nouveaux habitants au pouvoir d'achat plus conséquent. En commençant, comme toujours, par une faune d'artistes et d'intellectuels…

Candyman Film d'horreur De Nia DaCosta Scénario Nia DaCosta, Jordan Peele & Win Rosenfeld Avec Yahya Abdul-Mateen II, Teyonah Parris, Nathan Stewart-Jarrett, Tony Todd… Durée 1h31

"Candyman" : Chicago hanté par son passé raciste
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