"Mon année à New York" : L’ombre de Salinger

Philippe Falardeau signe un hommage un peu trop charmant à la puissance de la littérature.

La petite vingtaine, Joanna Rakoff (Margaret Qualley) a plaqué ses brillantes études à Berkeley, sur la Côte Ouest, pour vivre son rêve : devenir écrivaine dans le New York des années 1990. En attendant la gloire, la jeune fille crèche chez une copine et finit par trouver un boulot : elle devient l'assistante de Margaret (Sigourney Weaver), l'agent littéraire du dieu vivant de la littérature : J.D. Salinger, qui, à l'époque, demeurait totalement reclus à Cornish, dans le New Hampshire. L'une des tâches de Joanna ? Lire et répondre à l'abondant courrier que reçoit toujours l'auteur de L'Attrape-cœurs… Lequel a arrêté d'y prêter la moindre attention depuis 1963.

Ces lettres de fans, qui tentent désespérément d'entrer en contact avec Salinger pour lui dire combien son roman culte a changé leur vie, forment le chœur de l'adaptation par Philipe Falardeau de My Salinger Year, récit autobiographique de ses premières années à New York de Joanna Rakoff. Le cinéaste y accorde en effet beaucoup d'importance, en mettant en scène ces cris de désespoir, qui pourraient sonner dans le vide, si la jeune héroïne ne se prenait pas à répondre à certains d'entre eux, les plus touchants…

Un hommage très sage

Avec ce troisième film anglophone (notamment après Outsider, son dernier film en 2016, qui retraçait le destin du boxeur qui inspira à Sylvester Stallone le personnage de Rocky Balboa), le Québécois signe un hommage à la puissance de la littérature et à sa capacité à bouleverser nos vies. Un hommage très sage, très classique.

Auteur du scénario, le réalisateur de Congorama en 2006 ou de Monsieur Lazhar en 2011 ne se fait en effet pas vraiment incisif. S'il place quelques touches d'humour ici ou là, notamment dans le portrait qu'il fait de cette agent littéraire à l'ancienne, qui fait tout pour protéger son auteur mythique (campée par une Sigourney Weaver très à l'aise dans ce rôle strict), Falardeau semble surtout partager la même vision, très romantique (pour ne pas dire tout droit sortie d'une carte postale parisienne), de la littérature que sa jeune héroïne, qu'elle résume comme suit : "Vivre dans une chambre de bonne et écrire dans les cafés."

Une jeune ingénue romantique

Dans le rôle de cette jeune et jolie ingénue, Margaret Qualley fait merveille. Découverte dans l'excellente série HBO The Leftovers, revue dans Il était une fois… à Hollywood de Tarantino, la fille d'Andie MacDowell fait ici son baptême du feu, avec un premier vrai grand rôle, auquel elle prête sa grâce naturelle, sa candeur et ses grands yeux bleus pétillants.

Mais là où le film se fait le plus convaincant, c’est dans le portrait d’une époque, celui de ce New York littéraire des années 90, où la révolution digitale n’est que balbutiante, mais où l’on sent déjà qu’elle va tout emporter sur son passage. Et avec elle, une certaine idée de la littérature…

My Salinger Year / Mon année à New York Comédie littéraire Scénario & réalisation Philippe Falardeau (d'après le livre de Joanna Rakoff) Photographie Sara Mishara Musique Martin Léon Montage Mary Finlay Avec Margaret Qualley, Sigourney Weaver, Douglas Booth, Colm Feore, Brían F. O'Byrne… Durée 1h41

"Mon année à New York" : L’ombre de Salinger
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