"The Assistant" : Une journée de sexisme ordinaire

Kitty Green propose une évocation glaçante de l’affaire Weinstein, pour disséquer les relations de pouvoir au travail.

Jane (Julia Garner) a décroché le poste de ses rêves à New York. Cela fait cinq semaines que la jeune femme, qui se rêve productrice, a été embauchée comme assistante dans une grosse boîte de production travaillant à cheval entre la Côte Est et la Côte Ouest. Ce matin, elle est la première à arriver au bureau, pour allumer les lumières et les ordinateurs, préparer le café… Ce soir, elle sera sans doute la dernière au moment de partir… Entre-temps, la jeune femme va être le témoin des comportements douteux de son patron, Max, un nabab d’Hollywood au goût prononcé pour les jeunes femmes…

Après plusieurs documentaires - dont Ukraine Is Not a Brothel, sur le mouvement féministe Femen, très remarqué à la Mostra de Venise en 2013 -, l'Australienne Kitty Green passe à la fiction avec un premier long métrage inspiré de l'affaire Weinstein. Dès la publication dans le New York Times et le New Yorker en octobre 2017 des premiers articles dénonçant les agissements du producteur tout-puissant Harvey Weinstein (fondateur du studio Miramax, puis de la Weinstein Company), l'affaire a provoqué un raz-de-marée qui a largement dépassé l'univers du cinéma, débouchant sur le mouvement #MeToo, au retentissement international.

Évocation à distance

Premier film de fiction à revenir sur l'affaire Weinstein, après notamment le documentaire L'Intouchable en 2019, The Assistant joue la carte de l'évocation distanciée. Pas question pour Kitty Green de signer un film "tiré d'une histoire vraie" ou même de mettre en scène de façon ostentatoire les comportements abusifs du grand patron avec ses employé.e.s, sa famille, ses proches ou les apprenties actrices. L'ogre reste au contraire quasiment en permanence hors champ. La sourde menace qu'il fait peser sur tout son entourage n'en est que plus forte…

Ces agissements, le spectateur les découvre à travers les yeux de l'héroïne, au fil d'une banale journée de travail de cette jeune assistante idéaliste plongée au cœur du fonctionnement patriarcal. Ce que montre très bien Kiyty Green, c'est en effet combien le comportement d'un tyran omnipotent se répercute à tous les échelons de sa société, créant un climat de sexisme ordinaire omniprésent (y compris chez les employées mieux placées), couplé à la culture du silence. Jusqu'au DRH de la boîte - qui intimide la jeune femme souhaitant dénoncer les abus de son patron, avant de lui lâcher : "Mais rassurez-vous, vous ne craignez rien, vous n'êtes pas son genre…" -, tout le monde sait ce qui se passe derrière les stores baissés du bureau de Max ou dans la chambre d'hôtel réservée pour la jolie serveuse à peine majeure qu'il a fait venir de l'Idaho pour en faire sa nouvelle "assistante"… Tout le monde sait, mais personne ne parle. C'est cette culture de la peur, autant que celle du viol, qu'aborde la cinéaste australienne, en disséquant les relations de subordination et de pouvoir dans un monde du travail ultra-concurrentiel.

Porté par une jeune actrice au jeu délicat, Julia Garner (vue notamment dans Sin City : J'ai tué pour elle en 2014), The Assistant est un film glaçant, qui décrit avec minutie les mécanismes de domination, de manipulation et d'humiliation dont abusent les hommes de pouvoir comme Harvey Weinstein et tant d'autres…

The Assistant Drame féministe Scénario & réalisation Kitty Green Photographie Michael Latham Montage Kitty Green & Blair McClendon A vec Julia Garner, Matthew Macfadyen, Kristine Froseth, Alexander Chaplin… Durée 1h27

"The Assistant" : Une journée de sexisme ordinaire
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