"Une histoire d’amour et de désir": le film s'ouvre avec une image qui plonge immédiatement le spectateur dans une sensualité qui traverse tout le long métrage

Leyla Bouzid signe un film très politique sur l’érotisme, le désir et l’amour.

Une histoire d'amour et de désir s'ouvre sur l'image d'un jeune homme prenant sa douche, que l'on observe à travers le verre dépoli. Il essuie ensuite son corps ruisselant, avant de s'habiller… Avec ce corps masculin érotisé, on est plongé d'emblée dans une sensualité qui traverse tout le second long métrage de la Tunisienne Leyla Bouzid.

Ce jeune homme, c’est Ahmed (Sami Outalbali), 18 ans, qui vit avec ses parents et sa jeune sœur dans une cité de banlieue. Il se lève aux aurores pour aller à Paris. Aujourd’hui, c’est son premier jour à la Sorbonne, où il commence des études de Lettres. En option, il a choisi un cours de littérature comparée. La prof (Aurélia Petit) a choisi de consacrer son séminaire à la littérature érotique arabe ancienne avec, comme thème principal, le désir. Du désir, Ahmed en ressent justement pour sa camarade Farah (Zbeida Belhajamor). Tout juste débarquée de Tunis, la jeune fille se montre bien plus délurée que lui. Des deux, on se demande qui est le plus "blédard"…

Présenté en clôture de la Semaine de la Critique à Cannes en juillet dernier, Une histoire d'amour et de désir est une merveille de délicatesse. S'inspirant de ses propres études de Lettres à la Sorbonne, Leyla Bouzid (la fille du grand cinéaste tunisien Nouri Bouzid) signe un film d'une immense sensualité. Sensualité des corps de ses jeunes acteurs (formidables Sami Outalbali et Zbeida Belhajamor), de la photo, mais aussi de ces magnifiques textes, dits en arabe comme en français. Si l'érotisme est omniprésent, le film n'en est pas moins d'une extrême pudeur, préférant filmer la montée du désir quand se frôlent les corps que l'assouvissement de celui-ci. À l'image de ce jeune banlieusard déstabilisé par la vie, la liberté qu'il découvre à Paris.

Érotisme politique

Dans son premier film, À peine j'ouvre les yeux en 2016, Leyla Bouzid filmait la difficile émancipation de la jeunesse tunisienne à la veille de la Révolution de 2010, dans un film très politique. Une histoire d'amour et de désir pourrait en être la suite directe - le personnage féminin des deux films porte d'ailleurs le même prénom. Si le propos est cette fois a priori beaucoup plus intime, l'érotisme est aussi politique chez Bouzid.

Son film, la Tunisienne le conçoit comme une réflexion sur l’évolution de l’identité arabe. Où il est question de la violence en Algérie dans les années 1990, de la situation actuelle en Tunisie, des stéréotypes qui collent à la peau des jeunes mecs de banlieue, de la littérature arabe ancienne… Beaucoup de choses sont abordées, mais rien n’est amené gratuitement, tout sonne juste.

Soit un très beau récit d’émancipation d’un jeune homme qui doit apprendre à construire sa propre identité, en dehors de celles que d’autres (famille, cité, société…) cherchent à lui imposer.

Une histoire d'amour et de désir Film sensuel Scénario & réalisation Leyla Bouzid Musique Lucas Gaudin Avec Sami Outalbali, Zbeida Belhajamor, Diong-Kéba Tacu, Aurélia Petit… Durée 1h42.

"Une histoire d’amour et de désir": le film s'ouvre avec une image qui plonge immédiatement le spectateur dans une sensualité qui traverse tout le long métrage
©D.R.


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