Avec « La Main de Dieu », Sorrentino retrouve Naples

Jeudi soir en Compétition de la 78e Mostra de Venise, Paolo Sorrentino a renoué avec ses origines napolitaine, retrouvant son complice Toni Servillo dans un film autobiographique baroque et émouvant.

Avec « La Main de Dieu », Sorrentino retrouve Naples
©Mostra del cinema
Hubert Heyrendt, à Venise

Cinéaste italien majeur, Paolo Sorrentino a peu fréquenté le tapis rouge du Palazzo del cinema du Lido de Venise, sinon pour y dévoiler sa série pour HBO The New Pope avec Jude Law en 2019 (qui ne connaîtra pas de troisième saison), mais aussi L'uomo di più, son premier film en 2001. Dévoilé jeudi soir en Compétition, È stata la mano di Dio (La Main de Dieu) marque donc, 20 ans plus tard, une forme de retour aux sources.

Dans son neuvième long métrage, le premier ouvertement autobiographique, Sorrentino retrouve évidemment son comédien fétiche, qui l'accompagne depuis ses débuts (des Conséquences de l'amour à Loro, en passant par Il divo), Toni Servillo, mais aussi Naples, sa ville natale, qu'il n'avait plus filmée depuis L'uomo di più. À 50 ans, le réalisateur revient en effet à ses racines, avec une histoire dramatique très personnelle, inspirée de sa jeunesse à Naples dans les années 80.

Durant l’été 1984, on suit le destin de Fabietto Schisa (Filippo Scotti). À 17 ans, le jeune homme vit avec ses parents (Toni Servillo et Teresa Saponangelo) avec son grand frère et sa soeur dans un quartier populaire de Naples. Entre les voisins (dont une vieille baronne aigrie) et sa famille haute en couleurs, Fabio n’a pas le temps de s’ennuyer ou de réfléchir à son avenir. Ce qui le préoccupe surtout, ce sont les rumeurs de l’arrivée de Maradona au FC Naples… Mais le destin va frapper à sa porte et changer sa trajectoire à tout jamais.

Avec « La Main de Dieu », Sorrentino retrouve Naples
©Mostra del cinema

Du rire aux larmes

Dès le sublime plan d'ouverture aérien sur la baie de Naples et la découverte de San Gennaro roulant en vieille Rolls et du mystérieux Monaciello (le petit moine), on plonge dans ll'imaginaire de Sorrentino. Si, en 2013,La Grande bellezza était son hommage romain et intello à La Dolce Vita de Fellini (dont on croise le fantôme ici), La Main de Dieu débute comme une vraie comédie napolitaine, par le portrait qu'il fait d'une grande famille napolitaine aux personnages excentriques, entre les oncles, les tantes et la grand-mère, surnommée « la femme la plus méchante de Naples ». Pourtant, quand frappe le drame (vraiment arrivé au cinéaste), auquel échappe le héros grâce à Maradona, Sorrentino radicalement change de registre pour aller vers une forme d'épure et un refus de l'ironie auxquels il ne nous avait pas habitués. C'est là la force de cette production Netflix, de réussir à passer sans cesse du rire aux larmes, de capturer la vie dans toutes ses dimensions.

À travers son double à l’écran, Fabio, c’est aussi de son accession au cinéma que nous parle Sorrentino. Hanté par la figure de grands cinéastes italiens — Federico Fellini, Franco Zeffirelli, Roberto Rosselini, Sergio Leone et surtout le Napolitain Antonio Capuano, qui fut son mentor —, le réalisateur nous explique d’où vient son goût pour un cinéma conçu comme une échappatoire à une vie trop douloureuse, pour en imaginer d’autres, plus colorées, plus remplies. Où l’on comprend l'origine de ce goût pour le style, le baroque, l’imaginaire…

Quitter Naples pour mieux la retrouver

Mais, au-delà de cette évocation très personnelle, La Main de Dieu est d'abord le portrait émouvant d'un jeune homme, à travers ses aspirations, ses premiers émois amoureux face à sa pulpeuse Zia Patrizia (Luisa Ranieri), indissociables du folklore de cette ville plantée face au Vésuve qu'il est impossible de quitter, même si, pour mieux y revenir, il faut parfois passer par Rome…

C’est exactement le parcours de Paolo Sorrentino, qui a attendu 20 ans avant d’avoir la maturité suffisante pour revenir sur le drame qui a marqué sa jeunesse et changé sa vie. Voir un cinéaste réussir à transformer son histoire personnelle en un récit purement dimension cinématographique, est passionnant…

Avec « La Main de Dieu », Sorrentino retrouve Naples
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