À Venise, Maggie Gyllenhaal explore la difficulté d’être mère

Maggie Gyllenhaal faisait vendredi soir son entrée en Compétition à Venise avec The Lost Daughter, un premier long métrage décevant tiré d’Elena Ferrante et porté par Olivia Colman.

À Venise, Maggie Gyllenhaal explore la difficulté d’être mère
©Mostra del cinema
Hubert Heyrendt, à Venise

Membre du jury cannois il y a quelques semaines, Maggie Gyllenhaal a défilé, vendredi, sur le tapis rouge e la 78e Mostra de Venise pour présenter en Compétition The Lost Daughter, son premier film en tant que réalisatrice. Pour ses débuts derrière la caméra , elle a choisi d'adapter La figlia oscura (Poupée volée dans l'édition française), l'un des premiers romans de la mystérieuse Elena Ferrante, l'autrice italienne (à moins qu'il ne s'agisse d'un auteur…) du best-seller international L'Amie prodigieuse, dont l'adaptation en série pour HBO par Saverio Costanzo avait été dévoilée à Venise en 2018.

Mère de deux petites filles, comme l'héroïne (campée à deux époques de sa vie par Olivia Colman et Jessie Buckley), l'Américaine a forcément été sensible à cette histoire mettant en scène la difficulté d'être mère tout en conservant une activité professionnelle et sa liberté de femme. Le résultat est malheureusement plutôt décevant de la part d'une actrice pourtant exigeante, que l'on avait découverte dans Donnie Darko, avant de la revoir dans The Dark Knight ou Le Sourire de Mona Lisa.

À Venise, Maggie Gyllenhaal explore la difficulté d’être mère
©Mostra del cinema

Vacances en Grèce

Le film s’ouvre par l’arrivée de Leda (Olivia Colman) dans une petite station balnéaire grecque (et non plus en Italie comme dans le roman). Professeure de littérature comparée à Cambridge, près de Boston, elle a loué un appartement pour les vacances, où elle est accueillie par le brave Lyle (Ed Harris). Elle passe ses journées à potasser ses bouquins sur la plage. Là, elle est intriguée par la belle Nina (Dakota Johnson) et sa petite fille, Américaines venues passer des vacances en famille dans leur pays d’origine. Leur relation replonge Leda dans ses souvenirs de jeune mère (Jessie Buckley), dépassée par le fait de devoir s’occuper de ses deux petites filles…

Le sujet — la difficulté d’être mère, voire l'absence de sentiment maternel — est très intéressant. Malheureusement, Maggie Gyllenhaal ne parvient pas à en faire quelque chose de vibrant. Que ce soit dans la situation au présent en Grèce ou dans les flashbacks sur le passé de traductrice de l'héroïne, elle ne réussit pas à donner de la profondeur à son héroïne, dont on peine à saisir la douleur.

Une mise en scène maladroite

En cause, une mise en scène qui se veut sans cesse allusive, mais en employant des procédés plutôt lourdauds, à coup de gros plans sur les visages défaits, de situations équivoques ou en tentant de faire monter artificiellement une tension dramatique autour de cette famille greco-américaine, dont elle ne fait pas grand-chose. Sans compter quelques scènes pseudo-intellos embarrassantes à base de name dropping de grands penseurs français (de Bourdieu à Ricoeur en passant par Camus) qui tombent comme un cheveu sur la soupe. Tandis qu'on se demande bien pourquoi Gyllenhaal situe l'action en Grèce, où tout le monde semble parler un parfait anglais...

Même la formidable Olivia Colman (oscarisée pour The Favourite, puis revue en reine Elisabeth dans la série The Crown ou face à Anthony Hopkins dans The Father) ne semble pas réellement saisir ce personnage aux comportements erratiques, dont la douleur sonne faux…

À Venise, Maggie Gyllenhaal explore la difficulté d’être mère
©Mostra del cinema

Sur le même sujet