Avec "L'Événement", le Lido vibre face au combat pour l'avortement dans la France des années 1960

Ce lundi après-midi, la Française Audrey Diwan présentait en Compétition de la 78e Mostra de Venise L’Événement, une adaptation solide du roman autobiographique d’Annie Ernaux.

Avec "L'Événement", le Lido vibre face au combat pour l'avortement dans la France des années 1960
©Mostra del cinema
Hubert Heyrendt, à Venise

Alors que la 78e Mostra de Venise entame sa deuxième semaine de festivités, on a pu découvrir, ce lundi après-midi en Compétition, le second long métrage d'Audrey Diwan. Avec L'Événement, l'écrivaine française d'origine libanaise a fait vivre au public vénitien le véritable parcours de combattante des jeunes filles qui avaient le malheur de tomber enceintes et qui souhaitaient avorter dans les années 1960...

Après avoir étudié, sur un scénario original, la douloureuse séparation d'un couple sur fond d'addiction à la cocaïne dans Mais vous êtes fous en 2019, Audrey Diwan propose ici une adaptation vibrante du roman autobiographique d'Annie Ernaux paru en 2000, dans lequel la grande autrice française racontait son avortement clandestin en 1963, alors qu'elle était étudiante à Rouen.

Avec "L'Événement", le Lido vibre face au combat pour l'avortement dans la France des années 1960
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Parcours de combattante

Diwan déplace l’action à Angoulême et change le nom du personnage. On suit donc Anne (Anamaria Vartolomei), brillante étudiante en Lettres à Angoulême. Cela fait trois semaines qu’elle n’a pas eu ses règles. Une visite chez son gynécologue (Fabrizio Rongione) confirme ses pires craintes: elle est enceinte. Le médecin ne veut même pas entendre parler de mettre un terme à la grossesse — le mot "avortement" ne sera pas prononcé une seule fois durant le film. C’est qu’en France, 12 ans avant la Loi Veil (1975), médecins et patients risquaient toujours la prison en cas d'avortement. Et il faudra même attendre quinze ans de plus pour obtenir sa dépénalisation en Belgique...

Perdue à l'idée de ne pas pouvoir continuer ses études, qui lui permettront d'échapper à sa condition modeste, la jeune fille ne sait à qui s'adresser. Elle n'ose pas en parler ni ses amies de l'université (Luàna Bajrami et Louise Orry-Diquéro), pas plus qu'à son ami Jean (Kacey Mottet-Klein) ou à son prof principal (Pio Marmaï, qui jouait déjà dans Mais vous êtes fous). Et encore moins à son père et à sa mère (Sandrine Bonnaire), qui tiennent un petit bar en province et qui ont mis tous leurs espoirs dans les bonnes notes de leur fille. Seule face à elle-même, Anne compte les semaines en tentant désespérément de trouver une solution…

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Un sujet actuel

L'Événement revient méticuleusement sur une situation qui semble heureusement loin aujourd'hui, que l'héroïne décrit à son professeur comme « une maladie qui n'arrive qu'aux femmes et qui les transforme en femmes au foyer ». Mais si l'histoire se déroule dans les années 1960, Audrey Diwan ne cherche pas à livrer un film historique. Son film, elle le conçoit et le construit comme un thriller. L'Événement ainsi découpé par des cartons énonçant la durée de la grossesse: "Trois semaines", "Quatre semaines"… De quoi rendre palpable la tension et l'angoisse qui habitent la jeune fille, campée par l'excellente Anamaria Vartolomei, jeune actrice franco-roumaine vue notamment dans L'Échange des princesses de Marc Dugain ou dans La Bonne épouse de Martin Provost). Et de quoi rendre très actuel un sujet qui l'est malheureusement toujours dans de nombreux pays de par le monde, que ce soit aux États-Unis ou en Europe de l'Est.

Surtout connue jusqu'ici comme coscénariste son compagnon Cédric Jimenez (notamment du très controversé BAC Nord, présenté à Cannes en juillet dernier), Audrey Diwan livre un film efficace. Même si, sur ce sujet du combat pour l'avortement, elle ne trouve pas la puissance dramatique de Never Rarely Sometimes Always de l'Américaine Eliza Hittman (dévoilé en Compétition à la Berlinale en 2020) ou, évidemment, de 4 mois, 3 semaines, 2 jours du Roumain Cristian Mungiu, Palme d'or à Cannes en 2007.

Avec "L'Événement", le Lido vibre face au combat pour l'avortement dans la France des années 1960
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