"La caja": Au Mexique, la quête du père sur fond de délabrement moral

Lundi en Compétition de la 78e Mostra del cinema, le Vénézuélien Lorenzo Vigas a choqué avec La caja, un drame intime sur fond de violence sociale dans les usines de textile du Chihuahua au Mexique.

"La caja": Au Mexique, la quête du père sur fond de délabrement moral
©Mostra del cinema
Hubert Heyrendt, à Venise

Lion d'or à Venise dès son premier film, le très noir Les Amants de Caracas en 2015, coscénarisé avec le Mexicain Guillermo Arriaga, Lorenzo Vigas a de nouveau impressionné le Lido, lundi soir en Compétition de la 78e Mostra de Venise, avec La caja (La Caisse).

Le Vénézuélien est de retour sur le Lido avec un film cette fois tourné au Mexique, dans l'État de Chihuahua, région frontalière des États-Unis où les usines textiles poussent comme des champignons, attirant des alentours des milliers d’hommes et de femmes à la recherche d’un travail, malgré des conditions de travail extrêmement précaires… La région est aussi connue pour ses milliers de disparitions. Depuis 2006, on estime ainsi que plus de 60000 personnes ont disparu au Mexique!

Hatzin (Hatzin Navarrete) débarque en bus de Mexico au milieu du désert, où une fosse commune a été mise au jour. Les familles doivent venir récupérer les restes des cadavres de leurs proches. Le gamin reçoit donc une grosse boîte en fer contenant les vestiges d'un père qu'il a à peine connu, ainsi que la carte d’identité qui a permis son identification. Alors qu’il s'apprête à prendre le car pour rentrer à Mexico, il croise dans la rue Marco (Hernán Mendoz), un homme qui ressemble vaguement à la photo de son père. Persuadé que c’est lui, l'adolescent va tout faire pour entrer dans la vie de cet homme gouailleur, qui travaille comme recruteur d’ouvriers pour les immenses usines du coin…

"La caja": Au Mexique, la quête du père sur fond de délabrement moral
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Un petit air de "La Promesse"

Cinéaste vénézuélien basé au Mexique depuis 20 ans, Lorenzo Vigas revient en compétition à Venise avec un film très dur sur l'état moral de la société de son pays d'accueil. Dans son second long métrage de fiction (après The Orchid Seller, un documentaire sur son père en 2016), le cinéaste livre une sorte de variation surLa Promesse des frères Dardenne en 1996, qui décrivaient la relation entre un père dur, un marchant de sommeil campé par Olivier Gourmet, et son jeune fils (Jérémie Renier), dont la conscience morale le poussait à la trahison. La caja joue sur le mystère de cette relation — Hatzin et Marco sont-ils réellement père et fils ou jouent-ils à l'être car ça les arrange tous les deux? —, mais s'appuie, peu ou prou, sur la même dynamique, décrivant un adolescent maladivement en besoin d'une figure paternelle mais qui, à mesure qu'il prend conscience des activités de celle-ci, en vient à questionner sa vision du bien et du mal et sa loyauté. Doit-on tout accepter au nom des liens familiaux? Tandis que du côté du personnage adulte, la relation entretenue avec ce jeune gamin paumé est plus cruelle encore...

Drame moral puissant magnifiquement écrit, proposant une formidable évolution de son jeune personnage, La caja est un film très dur, qui ne laisse guère d'espoir dans la nature humaine, prisonnière au Mexique d'une société hyper individualiste où la vie humaine n'a que peut de prix face aux impératifs du marché, notamment face à la concurrence de plus en plus féroce de la Chine. Dans toute la partie "documentaire" du film, Lorenzo Vigas décrit en effet avec effroi l'état de délabrement moral d'un monde où le chacun pour soi n'est plus juste une façon de penser, mais s'est imposé comme une nécessité pour survivre. Et pourtant, au milieu de cette obscurité, le cinéaste vénézuélien parvient à garder une note d'espoir dans le regard de ce garçon, qui n'a pas encore été totalement dévoré par la noirceur qui l'entoure…

"La caja": Au Mexique, la quête du père sur fond de délabrement moral
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