"Benedetta": Virginie Efira se donne corps et âme dans une farce religieuse ironico-mystique où elle interprète un personnage important de l'histoire du lesbianisme

"Benedetta": Virginie Efira se donne corps et âme dans une farce religieuse ironico-mystique où elle interprète un personnage important de l'histoire du lesbianisme
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Présenté en Compétition du 74e Festival de Cannes en juillet dernier, Benedetta marque les retrouvailles de Paul Verhoeven et de Virginie Efira, qu'il avait déjà fait tourné aux côtés d'Isabelle Huppert dans Elle en 2016. Et cette fois, l'actrice franco-belge occupe le premier rôle. Celui de Benedetta Carlini, religieuse mystique qui aurait pu être béatifiée - pour les miracles qui la rendirent célèbre au XVIIe siècle -, mais qui sera au contraire jugée pour "blasphème, hérésie et bestialité". Un autre terme pour homosexualité. Personnage historique important de la spiritualité féminine, Benedetta Carlini l'est en effet aussi dans l'histoire du lesbianisme.

Sensualité et ironie

Cinéaste de l'ambiguïté, Verhoeven offre ici un rôle complexe à l'actrice belge, dans un film, tourné il y a trois ans déjà, qu'elle porte entièrement sur les épaules et dans sa chair. Ce que filme Verhoeven dans Benedetta, c'est en effet la découverte par la jeune religieuse de la sexualité au sein du couvent de Pescia, en Toscane, où l'ont placée ses riches parents dès l'enfance, sous la protection d'une abbesse plus près de ses sous que de Dieu (Charlotte Rampling).

Une sexualité dans la grande tradition mystique, c’est-à-dire indissociable de la dimension religieuse. Son trouble pour Bartoloméa, la novice qui partage sa cellule (campée par la jeune comédienne belgo-grecque Daphné Patakia), la jeune femme le lit en effet comme un appel du Christ, comme une preuve de son amour envers lui… Mais s’il met en scène l’un ou l’autre miracle de Benedetta, s’il filme ses stigmates et s’il s’offre quelques scènes de visions mystiques assez osées, Verhoeven le fait avec une distance ironique appuyée, laissant toujours planer le doute quant à l’honnêteté de l’héroïne.

Farce mystique

Comme on peut s'en douter de la part de Verhoeven, Benedetta n'est pas une "vie de sainte". Dans cette adaptation de l'ouvrage historique Sœur Benedetta, entre sainte et lesbienne, publié en 1987 par Judith C. Brown, on est plutôt du côté de la farce, parfois très appuyée, jusqu'au grotesque et au mauvais goût assumé. Ce qui ne manquera pas de faire grincer des dents…

Ce qui intéresse le cinéaste, c’est en effet la femme derrière la religieuse, celle qui est dévorée par les passions les plus humaines, qu’elles soient charnelles - dans des scènes assez crues pour Efira, face à Daphné Patakia - ou plus terre à terre. Car, derrière son côté provocateur parfois un peu lourdaud (notamment ce godemichet sculpté dans une statue en bois de la Vierge), le film met aussi l’accent sur les jeux de pouvoir au sein du couvent, de la paroisse de Pescia - qui se verrait bien la nouvelle Assise si elle se trouvait une sainte - et de l’évêché de Toscane (dirigé par Lambert Wilson). Où la religion semble se résumer à une comédie, dans un théâtre où chacun joue son rôle sans que la question de la foi ne se pose réellement…

Benedetta Farce mystique De Paul Verhoeven Scénario Paul Verhoeven & David Birke Photographie Jeanne Lapoirie Musique Anne Dudley Montage Job ter Burg Avec Virginie Efira, Charlotte Rampling, Daphné Patakia, Lambert Wilson… Durée 2h07.

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