"Qui rido io": le patriarche du théâtre napolitain redécouvert à Venise

Ce mardi soir, en Compétition de la 78e Mostra del cinema, Toni Servillo se glissait, avec gourmandise, dans la peau d'Eduardo Scarpetta. À l'affiche de Qui rido io, une biographie classique du grand dramaturge et comédien napolitain signée par son ami Mario Martone.

"Qui rido io": le patriarche du théâtre napolitain redécouvert à Venise
© Mostra del cinema
Hubert Heyrendt, à Venise

Cette 78e Mostra del Cinema est décidément celle de Toni Servillo. Après avoir présenté È stata la Mano di Dio de Paolo Sorrentino en Compétition en début de festival et Ariaferma de Leonardo Di Costanzo, dimanche hors Compétition, l'acteur italien a de nouveau défilé sur le tapis rouge du Palazzo del Cinema ce mardi soir pour défendre Qui rido Io de Mario Martone. Et l'immense acteur occupe ici tout l'écran, dans le rôle d'Eduardo Scarpetta (1853-1925), dramaturge et comédien napolitain qui donna naissance à une dynastie de grands noms du théâtre italien, dont le fils qu'il ne reconnût jamais: le dramaturge Eduardo De Filippo.

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En dialecte napolitain

Grand habitué de la Mostra — où il a présenté tous ses derniers films, dont Frères d'Italie en 2010, Il giovane favoloso (une biographie du poète Giacomo Leopardi) en 2014 et l'envoûtant Capri-Revolution en 2018 —, Mario Martone est aussi un homme de théâtre. Rien d'étonnant donc qu'après avoir porté à l'écran Il sindaco del rione Sanità d'Eduardo De Filippo il y a deux ans (également montré en Compétition à Venise), le cinéaste revienne cette fois avec une biographie du père de ce dernier. Il offre au passage un grand rôle à son complice depuis plus de 40 ans, Toni Sevillo, avec qui il n'avait plus tourné depuis Frères d'Italie il y a 10 ans. Lequel se régale dans ce grand rôle, en grande partie en napolitain, sa langue natale. "Avec mes parents, je n'ai jamais parlé en italien", nous confiait-il lundi après-midi.

Avant de percer au cinéma, l'acteur fétiche de Sorrentino (qui l'avait révélé au public international dans Le conseguenze dell'amore en 2004, avant de lui confier le rôle de Giulio Andreotti dans Il divo en 2008 et celui de Silvio Berlusconi dans Loro en 2018) est d'abord l'un des grands noms du théâtre italien. Il a joué sur les plus grandes scènes européennes les oeuvres de Luigi Pirandello ou d'Eduardo de Filippo. Il se glisse ici, avec une vraie gourmandise, dans les habits d'Eduardo Scarpetta, la star du théâtre napolitain de la fin du XIXe siècle, notamment grâce à son chef d'oeuvre Miseria e nobiltà. Créée en 1887, cette comédie mettant en scène la rivalité de deux familles pauvres est devenue immensément populaire en Italie grâce à son adaptation au grand écran avec Totò et Sophia Loren en 1954.

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Une biographie classique

C’est par une mise en scène de ce classique du théâtre napolitain que s’ouvre le film de Mario Martone, qui nous fait glisser ensuite vers l’envers du décor, en nous présentant la vie haute en couleur de Scarpetta. Au sein du "Palazzo Scarpetta", où le vieil homme vivait avec sa femme, ses maîtresses (la soeur et la nièce de son épouse légitime!) et ses nombreux enfants. Même si certains devaient l’appeler "zio" (oncle) et non "papa" pour sauver les apparences… C’est donc la biographie d’un polygame amoureux de la vie, de la bouffe et plus encore du théâtre, mais aussi un père tyrannique, que nous raconte Martone, de façon efficace mais vraiment classique. Très classique...

Le film est heureusement sauvé par la performance de Toni Servillo, à l'aise dans tous les registres, et notamment celui de la comédie, dans lequel on l'a rarement vu. Que ce soit sur les planches, en famille mais aussi au tribunal... L'un des grands moments du film est en effet son témoignage au procès qui l'opposa, de 1906 à 1908, à Gabriele D'Annunzio, après le bide du Fils de Iorio, une parodie de La fille de Iorio du poète national italien, qui accusa Scarpetta de plagiat… "Qui rido io!" ("Ici, c'est moi qui ris!"), lance Servillo, dans un grand numéro qui vaut à lui seul de voir le film!

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