"Reflection": l’impact de la guerre en Ukraine choque la Mostra

Mardi après-midi, l’Ukrainien Valentyn Vasyanovych n’a guère convaincu, en Compétition de la 78e Mostra de Venise avec Reflection, drame poseur et froid sur le deuil, sur fond de conflit russo-ukrainien.

"Reflection": l’impact de la guerre en Ukraine choque la Mostra
©Mostra del cinema
Hubert Heyrendt, à Venise

Après avoir remporté le prix du meilleur film en section Orrizonti à Venise avec Atlantis en 2019, Valentyn Vasyanovych a été promu en Compétition cette année. Mardi après-midi, le Lido découvrait son nouveau film Reflection, accueilli très fraîchement en projection de presse, par une poignée d'applaudissements polis et quelques huées…

Comme dans son film précédent, le cinéaste ukrainien aborde ici le conflit qui fait rage dans l’Est de son pays, opposant l’armée officielle ukrainienne et les séparatistes (qu’il décrit en carton d’ouverture comme « la guerre russo-ukrainienne » et non guerre du Donbass). Et les répercussions de celle-ci sur la population civile.

L’empreinte de la guerre

L’histoire se déroule au plus dur des combats, en novembre 2014. Père divorcé, Serhiy (Roman Lutskyi) est chirurgien dans un hôpital de Kiev qui reçoit par dizaines des combattants venus du front. Malgré la charge de travail, il tente de conserver une vie normale et de passer un peu de temps avec sa fille. Laquelle s’inquiète pour Andrii (Andriy Rymaruk), son beau-père, qui s’est engagé comme combattant à l’Est.

Un jour, Serhiy se dit que, lui aussi, devrait participer à l'effort de guerre, qu’un chirurgien serait bien utile sur le front. Mais il est fait prisonnier par les troupes rebelles et tombe aux mains d’un chef de guerre d’une rare cruauté. Et découvre au passage la drôle de notion de l’aide humanitaire des Russes… Comment, après avoir assisté à de telles atrocités, reprendre une vie normale auprès de sa fille et de son ex-femme?

Détachement froid

Pour raconter ce parcours à travers l’enfer et le retour à la vie normale, Valentyn Vasyanovych opte pour une mise en scène très stricte. Son film, il le construit comme une succession de tableaux assez brillants: de très longs plans-séquences, le plus souvent fixes et comportants un vitre (fenêtre, pare-brise...), comme pour mettre à distance l'action. Où l’on attend que quelque chose se passe et qui réservent quelques fois des chocs inattendus ou des explosions de violence frontales, franchement complaisantes. Où le cinéaste propose une vision du conflit ukrainien franchement manichéenne, opposant des soldats ukrainiens littéralement héroïques face à un véritable ogre russe.

Très impressionnant formellement, le dispositif mis en place par le cinéaste ukrainien rappelle un peu celui du Suédois Roy Andersson, dans cette observation froide d’un cadre strict. Sauf que l’on ne retrouve ici aucun humour, aucune ironie, aucun second degré. Difficile dès lors de s’attacher réellement à ces personnages, prisonniers malgré eux d’une guerre qui déchirent leur pays et qui a des répercussions même sur celles et ceux qui se trouvent loin de la ligne de front…