L’Histoire relue à l’aune du genre à Venise

Ce mercredi, la Compétition de la 78e Mostra de Venise a baissé d'un cran... Dans Freaks Out, l'Italien Gabriele Mainetti transforme la guerre en cirque. Quand les Russes Natasha Merkoulova et Alexeï Tchoupov proposent avec Captain Volkonogov Escaped, une fable dystopique lourdaude sur le totalitarisme…

L’Histoire relue à l’aune du genre à Venise
© Mostra del Cinema
Hubert Heyrendt, à Venise

Alors que le 78e Festival de Venise entame sa dernière ligne droite, la Compétition accueillait ce mercredi deux films qui relisent l’Histoire à l’aune du genre sans se montrer réellement convaincants...

Troisième des quatre films italiens en lice pour le Lion d'or, Freaks Out, coproduit avec la Belgique, met en scène quatre bêtes de foire travaillant dans un petit cirque ambulant sous la houlette du brave Israël. Celui-ci est comme un père pour ces marginaux aux capacités extraordinaires. Couvert de poils de la tête aux pieds, Fulvio est doté d'une force surhumaine. Albinos, Cencio est capable de communiquer avec les insectes. Petit et un peu limité, le clown Mario est un aimant ambulant. Quand la jeune Matilde est littéralement électrique. Sur la piste, ils transforment leurs infirmités en numéros poétiques.

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Comédie tarantinesque

Mais on est en Italie en 1945, sous occupation nazie. Quand son chapiteau est détruit dans un bombardement, la petite troupe se dit qu’il est temps de songer à fuir vers les États-Unis… Alors qu’il cherche à se procurer de faux papiers à Rome, Israël disparaît. Livrés à eux-mêmes, les quatre héros errent dans les rues. Sans savoir qu’ils sont recherchés par Franz (Franz Rogowski), pianiste star du grand Cirque de Berlin installé à Rome. Capable de voir l’avenir, il sait que la guerre est perdue pour le Fürher. Sauf s’il parvient à mettre la main sur ces « quatre fantastiques »…

Comme dans son premier film On l'appelle Jeeg Robot en 2015, Gabriele Mainetti met en scène des super-héros ,dans un film de genre boursouflé de références. À commencer par Le Magicien d'Oz dans la composition de cet improbable quatuor. Il y a aussi du Guillermo Del Toro dans la mise en scène d'un univers poétique habité de monstres. Sans oublier une bonne dose de Tarantino dans ce combat entre de grands méchants nazis et une armée de « Freaks » (référence ultime à Tod Browning).

Malheureusement, l’ensemble est totalement indigeste! Et cela en devient presque gênant de voir ainsi mêlé à un combat pyrotechnique loufoque un train de juifs en route pour les camps de la mort… Comme Tarantino, Mainetti se fiche comme une guigne du contexte historique. Il transforme la guerre en un cirque au nom d’un grand spectacle qui se veut divertissant mais qui, avec ses 2h20, a proposé l’une des expériences les plus éprouvantes de cette Mostra.

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La mauvaise conscience russe

Présenté dans l'après-midi, Captain Volkonogov Escaped, troisième long métrage de Natasha Merkoulova et Alexeï Tchoupov, n'était guère plus passionnant, même si l'ambition artistique est nettement supérieure.

Trois ans après avoir présenté aux Orizzonti L'Homme qui a surpris tout le monde (qui avait valu le prix d'interprétation à leur actrice Natalia Koudriachova, qui fait à nouveau une apparition ici), le tandem russe met à nouveau en scène une fable. Il ne s'agit plus ici pour un homme de tenter de tromper la mort pour sauver sa femme, mais pour un jeune milicien de gagner sa rédemption, en se rachetant des crimes horribles qu'il a commis au nom d'un état totalitaire.

L’action se situe à Leningrad en 1938. Le capitaine Fedor Volkonogov (Youri Borissov) est membre d’une unité spéciale aux méthodes de torture si efficaces qu’elles permettent de faire avouer n’importe quoi à n’importe qui, peu importe que l’individu en question soit coupable ou non. Alors qu’il est à son tour rattrapé par une enquête interne, le jeune officier parvient à s’enfuir. Suite à une apparition venue de l’au-delà de l’un de ses camarades, il comprend que s’il veut échapper aux flammes de l’Enfer, il va devoir faire amende honorable et obtenir le pardon d’au moins un proche des victimes exécutées à tort grâce à lui… Alors qu’il cherche à mener à bien sa quête, il est poursuivi par l’infâme Major Golovnya (Timofey Tribuntsev) et ses hommes.

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Fable mystique lourdingue

Explorant la mauvaise conscience du passé russe, Natasha Merkoulova et Alexeï Tchoupov accouchent d'une « fable mystique » très appuyée. Si l'univers qu'ils décrivent ressemble beaucoup à l'Union soviétique, ils optent pour une forme de dystopie. Ainsi, l'idéologie est ici totalement absente: tout se résume à la simple mise en scène d'un régime totalitaire. Les costumes de leur unité spéciale — des combinaisons rouges et des blousons noirs — convoquent d'ailleurs une imagerie plus proche du nazisme…

Malgré un excellent comédien dans le rôle de ce fugitif en quête de rédemption, Youri Borissov (vu à Cannes en juillet dernier dans Compartiment n°6 de Juho Kuosmanen et dans La Fièvre de Petrov de Kirill Serebrennikov), Captain Volkonogov Escaped est une oeuvre emphatique, à la mise en scène tape-à-l'oeil et prétentieuse, qui se contente qui plus est d'enfoncer des portes ouvertes sur le totalitarisme…

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