"Quo vadis, Aïda ?": le film ne repose que sur une série de caricatures

Jasmila Zbanic revient, lourdement, sur la guerre de Bosnie.

Révélée par un Lion d'or à Berlin en 2006 pour son premier film, Sarajevo, mon amour, où elle évoquait la vie quotidienne d'une jeune fille dans un quartier martyr de Sarajevo au lendemain de la guerre des Balkans, la cinéaste bosnienne Jasmila Žbanic plonge cette fois au cœur du dernier grand conflit européen. Et ce pour retracer la prise de Srebrenica par le général Mladic et les massacres qui ont suivi, qui, du 11 au 16 juillet 1995, ont fait plus de 8 000 morts dans la population masculine. Tout cela sous les yeux de quelque 400 Casques bleus néerlandais placés sous la direction d'un major Franken (Raymond Thiry) impuissant à venir en aide à la population civile.

Récit d’un massacre annoncé

S'inspirant de faits historiques, Zbanic annonce d'emblée avoir pris des libertés pour des raisons dramatiques. Quo Vadis, Aïda ? n'est effectivement pas un cours d'histoire. C'est une fiction qui se concentre, au milieu du cauchemar du nettoyage ethnique, sur une seule journée, le 11 juillet, et sur le destin d'Aïda Selmanagic, une institutrice travaillant comme interprète pour l'Onu. Alors que Srebrenica est envahie par les troupes de Ratko Mladic (Boris Isakovic), celle-ci tente de faire entrer son mari et ses deux fils au sein de la base des Casques bleus, où une petite partie seulement des civils de Srebrenica ont pu trouver refuge pour échapper au génocide en cours.

Campée par la Serbe Jasna Duricic, l’héroïne est partagée entre son travail au service de l’ensemble de la communauté bosniaque et sa rage personnelle à sauver les siens. Le dilemme aurait pu être intéressant, si Zbanic l’avait réellement traité. Totalement du côté de son personnage, elle livre un film irréprochable sur sa volonté de raconter ce moment tragique de l’histoire européenne récente, impressionnant par sa mise en scène - qui nous plonge au cœur de l’action -, mais qui manque de distance par rapport à son sujet.

Totalement univoque, Quo Vadis, Aïda ? ne repose au final que sur une série de caricatures : les pauvres Bosniaques apeurés, les pleutres Casques bleus hollandais et des Serbes bestiaux et cruels. Là où, dans Sarajevo, mon amour ou dans Na Putu en 2011, la cinéaste parvenait à créer de l'ambiguïté, elle se cantonne ici au premier degré militant. Dans un film qui ne rend malheureusement pas un hommage digne à l'horreur vécue par les habitants de Srebrenica il y a un quart de siècle…

Quo vadis, Aïda ? Drame historique Scénario & réalisation Jasmila Žbanic Photographie Christine Maier Avec Jasna Duricic, Boris Isakovic, Johan Heldenbergh… Durée 1h40.

"Quo vadis, Aïda ?": le film ne repose que sur une série de caricatures
©D.R.