"Serre-moi fort": un film de fantômes à nul autre pareil, qui finit par révéler son mystère au spectateur

Mathieu Amalric signe un drame étrange et sensible, porté par Vicky Krieps.

Sur un lit, Clarisse (Vicky Krieps) joue au Memory avec des Polaroïds de sa famille. Elle est seule dans une chambre d’hôtel. Un jour, elle a décidé de partir, alors que son mari Marc (le Belge Arieh Worthalter) et ses deux enfants sont restés. Sa fille continue de faire ses gammes sur le piano du salon. Le père et ses gamins continuent de prendre le petit-déjeuner ensemble. Si leur vie quotidienne se poursuit normalement en son absence, celle de Clarisse semble s’être mise en parenthèses, la jeune femme errant seule sur les routes de France…

Il est difficile de parler de Serre-moi fort, le septième long métrage de Mathieu Amalric, sans "spoiler" le film. Celui-ci est en effet construit sur un retournement de point de vue, qui vient apporter profondeur et gravité à l'errance de cette mère, habitée par le souvenir de ceux qu'elle a laissés derrière elle. Disons simplement que l'héroïne n'est pas une mère sans cœur ayant choisi d'abandonner mari et enfants. Ce voyage est au contraire pour elle une façon de renouer avec ceux qu'elle aime par-dessus tout.

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Un étonnant film de fantômes

Ce projet est né chez Amalric de la lecture, dans un train, de la pièce Je reviens de loin de Claudine Galea, que l'un de ses amis devait monter au théâtre, avant de lui transmettre ce texte bouleversant. L'acteur et réalisateur a choisi d'en tirer un film très cinématographique, qui gomme toute référence aux origines théâtrales du texte. Très peu dialogué, le film propose une succession de moments évocateurs de la douleur de son héroïne, campée par la fragile Vicky Krieps, découverte dans Phantom Tread de Paul Thomas Anderson en 2018 et revue récemment à Cannes dans Bergman Island de Mia Hansen-Løve. Avec son léger accent et sa facilité à passer du français à l'allemand ou l'anglais, la jeune actrice luxembourgeoise apporte au rôle son propre univers, contribuant au climat de mystère dans lequel baigne tout le film. Elle incarne une femme déprimée, mais jamais passive, choisissant de devenir la metteuse en scène de cette vie sans elle qu'elle imagine pour l'homme qu'elle aime et ses enfants.

Sans doute un peu trop chaotique dans sa construction, où Amalric peine à maintenir une ligne de crête à son récit explosé, Serre-moi fort est un film de fantômes à nul autre pareil, qui finit par révéler son mystère au spectateur. Fragile, maladroit, le film n'en est pas moins traversé par une douceur et une chaleur dans la description de la douleur d'une mère.

Serre-moi fort Drame intime Scénario & réalisation Mathieu Amalric (d'après la pièce Je reviens de loin de Claudine Galea) Photographie Christophe Beaucarne Avec Vicky Krieps, Arieh Worthaler, Melha Brossard… Durée 1h37.

"Serre-moi fort": un film de fantômes à nul autre pareil, qui finit par révéler son mystère au spectateur
©D.R.