"Une vie démente": un sujet sombre, dont le traitement est inattendu et original

Ann Sirot et Raphaël Balboni invitent le burlesque et la fantaisie dans un couple rattrapé par la maladie au moment où il plonge dans la vie.

Alex et Noémie s’aiment et songent de plus en plus à fonder une famille. Une nouvelle que Suzanne (Jo Deseure), la maman d’Alex, accueille avec joie et même exubérance, bien décidée à gâter et soutenir son fils dans cette nouvelle étape-clé de sa vie.

Pourtant, au fil des achats et des rencontres, Alex (Jean Le Peltier) commence à s’interroger. Sa mère, galeriste enthousiaste et branchée, a toujours été une originale mais, cette fois, les choses prennent des proportions inédites et semblent même en train de déraper. Après l’étonnement vient le temps de l’inquiétude : pourquoi Suzanne agit-elle aussi bizarrement ?

Autre regard sur la maladie mentale

Pour leur premier long métrage, après deux courts très remarqués (Lucha Libre en 2014 et Avec Thelma, Magritte du meilleur court métrage en 2018), Ann Sirot et Raphaël Balboni s'emparent d'un sujet a priori sombre et délicat : la maladie d'un proche. Sur cette thématique pesante, les deux réalisateurs parviennent à imaginer une chronique à la fois tendre et grinçante du quotidien d'un couple confronté à la maladie mentale d'un de ses ascendants.

Profondément affecté, Alex (Jean Le Peltier) est submergé par la nouvelle et les conséquences qu’elle entraîne, ne songeant qu’aux tempêtes à traverser et aux mesures à mettre en place pour éviter les inévitables catastrophes.

De son côté, Noémie (Lucie Debay) prend les choses avec davantage de douceur et de recul, parvenant à relativiser et à en sourire. Une différence d’attitude qui crispe Alex au lieu de le rassurer…

Cette élégante tragicomédie belge pose des questions essentielles sur le regard que l’on porte sur l’autre, sur les attentes que l’on tait ou que l’on avoue. Sur la façon dont la vie nous bouscule et nous met à l’épreuve. Sur les limites qu’on franchit ou qu’on s’impose aussi. Un récit qui nous bouscule et nous fait du bien…

Ann Sirot et Raphaël Balboni avaient déjà dévoilé leur univers fantasque et burlesque dans leurs précédents films. Avec Une vie démente, ils prennent un virage osé mais réussi vers un sujet plus sombre, même si le traitement choisi reste inattendu et original.

Quelques prix européens

Cerise sur le gâteau : leur film se permet quelques jolis délires visuels. On n’en dira pas plus, pour ne pas gâcher l’effet de surprise, mais on adore la touche de créativité chromatique qui se glisse dans le décor et les costumes, la folie colorée qui parsème le quotidien de ce couple de trentenaires dépassés par les événements, bousculés par l’esprit de Suzanne qui part lentement à la dérive…

Très applaudi lors de sa projection en ouverture du Festival international du film francophone de Namur (Fiff) en 2020, Une Vie démente a pu voyager un peu en Europe et a récolté des prix en Espagne, Italie, Norvège et Ukraine, il sortira en France en novembre prochain.

Une vie démente Amour et fantasmagorie De Ann Sirot et Raphaël Balboni Scénario Ann Sirot et Raphaël Balboni Avec Jo Deseure, Jean Le Peltier, Lucie Debay, Gilles Remiche Durée 1h27.

"Une vie démente": un sujet sombre, dont le traitement est inattendu et original
©D.R.