Mostra de Venise : "Leave No Traces" met en accusation le régime communiste polonais

Présenté ce jeudi après-midi à la 78e Mostra de Venise, Leave No Traces de Jan P. Matuszynsk revient, méticuleusement, sur l’assassinat d’un jeune de 18 ans par la police à Varsovie en 1983.

Mostra de Venise : "Leave No Traces" met en accusation le régime communiste polonais
©Mostra del cinema
Hubert Heyrendt, à Venise

Ce jeudi après-midi, la 78e Mostra de Venise a découvert, outrée, grâce à Leave No Traces, le sort réservé par le régime communiste polonais à Grzegorz Przemyk. Le 12 mai 1983, à trois jours de son 19e anniversaire, le jeune homme a été battu à mort par la milice citoyenne dans un commissariat de Varsovie. Fils de la poétesse dissidente Barbara Sadowska, celui-ci fêtait avec des amis son diplôme sur la place du Château, dans la vieille ville, après avoir bu un verre de vin ou deux. Mais ce jour-là, les opposants avaient également l'habitude de célébrer l'anniversaire de la mort de l'ancien président polonais Józef Piłsudski, célébration formellement interdite par le régime communiste...

Refusant de présenter ses papiers d'identité, Grzegorz est emmené au commissariat avec son ami Jucek (le nom a été changé dans le film), où il est battu sauvagement par les miliciens qui, sous les ordres de leur chef, frappent dans l'estomac pour "ne pas laisser de traces" sur son corps. D'abord envoyé dans un hôpital psychiatrique, le jeune homme mourra deux jours plus tard lors de son opération à l'hôpital. L'autopsie est claire: c'est comme si on lui avait roulé dessus avec un camion… Alors que sa mère Barbara décide de porter l'affaire devant la justice, avec le soutien du mouvement Solidarnosc et de l'Église polonaise, le régime se met en branle pour étouffer l'affaire…

Mostra de Venise : "Leave No Traces" met en accusation le régime communiste polonais
©Mostra del Cinema

Retour sur le passé polonais

Comme la veille avec Captain Volkonogov Escaped des Russes Natasha Merkoulova et Alexeï Tchoupov, la Compétition vénitienne plonge avec Leave No Traces au coeur du passé communiste, au travers d'un drame classique qui revient sur un fait divers avait pas mal fait parler dans mes médias occidentaux à l'époque. Par la vague d'indignation qu'il souleva en Pologne — avec des dizaines de milliers de personnes accompagnant le cercueil de Grzegorz Przemyk au cimetière —, on dit souvent que ce fait divers contribua à l'affaiblissement du régime communiste polonais, qui tombera quelques années plus tard, en 1989.

À l'époque où se déroule le film, en 1983, Jan P. Matuszynski n'était même pas né. Le jeune cinéaste polonais n'a en effet vu le jour que l'année suivante. Il s'intéresse pourtant beaucoup à l'histoire de son pays. Dans son premier film, The Last Family en 2017, il dressait le portrait de la famille du peintre surréaliste polonais Zdzisław Beksiński, de 1977 à 2005 et, avec lui, enregistrait les évolutions de la société polonaise avant et après la chute du Rideau de fer. Dans son second long métrage, Matuszynski revient sur ce fait divers historique de façon très méticuleuse, en se basant sur un solide travail d'enquête journalistique pour décrire l'incroyable machine mise en oeuvre au plus haut sommet de l'État pour tenter d'étouffer cette affaire. Où l'on prend toute la mesure de la paranoïa et de la peur qui régnaient sur la Pologne au début des années 1980.

Mostra de Venise : "Leave No Traces" met en accusation le régime communiste polonais
©Mostra del Cinema

Un film trop long

Au-delà de l’horreur de la situation et l’indignité de l’injustice, ce qui frappe ici, c’est la façon dont la dictature communiste polonaise a cherché à masquer injustice flagrante en lui donnant toutes les formes de la légalité (en changeant de procureur, en faisant pression sur les témoins…). À l’heure où le débat autour des violences policières est revenu sur le devant de la scène dans des démocraties comme la France et les États-Unis, voilà un film historique diablement d’actualité…

Si cette histoire est exemplaire et mérite d'être racontée, Leave No Traces pèche néanmoins par quelques personnages franchement caricaturaux, mais aussi par sa longueur (2h40). Jan P. Matuszynsk aurait en effet gagné à resserrer l'intrigue pour conférer plus de force dramatique à son récit...

Mostra de Venise : "Leave No Traces" met en accusation le régime communiste polonais
©Mostra del Cinema