Au Lido, Vincent Lindon campe un patron sous pression dans "Un autre monde" de Stéphane Brizé

Dernier film de la Compétition da la 78e Mostra de Venise, Un autre monde réunit pour la cinquième fois Stéphane Brizé et Vincent Lindon, dans une nouvelle plongée au coeur du monde de l’entreprise.

Au Lido, Vincent Lindon campe un patron sous pression dans "Un autre monde" de Stéphane Brizé
©AFP
Hubert Heyrendt, à Venise

Ce soir vendredi soir, Stéphane Brizé clôturait la Compétition du 78e Festival de Venise avec Un autre monde, cinq ans après avoir dévoilé sur le Lido le vibrant Une vie, d'après Maupassant. Pour l'occasion, le cinéaste français était accompagné de son acteur fétiche Vincent Lindon et de Sandrine Kiberlain pour présenter le troisième volet d'une trilogie sur le monde du travail initiée avec La Loi du marché en 2015 et poursuivie avec En guerre en 2018.

Après avoir campé un chômeur et le porte-parole d’une usine en grève, Vincent Lindon passe ici de l’autre côté de la barrière, interprétant le directeur d’une usine de province appartenant à un géant américain qui, malgré ses bénéfices, réclame un nouveau plan de licenciement, exigeant que chaque branche du groupe se sépare de 10% de ses effectifs.

Bon petit soldat du capitalisme, Philippe Lemesle a tout sacrifié pour sa boîte, y compris son mariage (avec Sandrine Kiberlain). Mais cette fois, il a du mal à encaisser le choc et à tenir ses objectifs, malgré les pressions de plus en plus fortes de sa direction parisienne (Marie Drucker). D’autant qu’en plus de son divorce, il doit gérer l'admission de son fils (Anthony Bajon), étudiant en école de commerce, aux urgences psychiatriques…

Au Lido, Vincent Lindon campe un patron sous pression dans "Un autre monde" de Stéphane Brizé
©Mostra del Cinema

En terrain connu

Avec Un autre monde, Stéphane Brizé est en terrain connu. Il fait ce qu'il fait de mieux: inscrire son intrigue, un dilemme moral, au coeur d'un environnement très documenté. Retrouvant le duo de Mademoiselle Chambon en 2009, le cinéaste joue sur la mise en abyme du couple Lindon-Kiberlain, séparé à la ville après de nombreuses années de vie commune. C'est d'ailleurs sur une scène très forte que le Français ouvre son 9e long métrage: une réunion du couple avec ses avocats pour régler les questions financières de leur divorce… Malheureusement, Brizé délaisse quelque peu cet angle pourtant intéressant — où l'on pense à L'Économie du couple de Joachim Lafosse — pour se concentrer sur la mise en place du plan social dans l'usine.

Dans le rôle de ce chef d'entreprise perdant pied, Vincent Lindon — dont c'est le cinquième film avec Brizé depuis 2009 —, est une fois de plus parfait, d'une incroyable vérité face à des acteurs amateurs. Pourtant, malgré la justesse du propos, Un autre monde ne retrouve pas la puissance, la force de La Loi du marché ou d'En guerre.

Au Lido, Vincent Lindon campe un patron sous pression dans "Un autre monde" de Stéphane Brizé
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Une crise intime

Plus centré sur l'intime, Stéphane Brizé accouche d'un film plus désabusé. Surtout, le cinéaste ne parvient pas à articuler avec autant de finesse l'histoire du personnage et le contexte dans lequel celle-ci prend place. Tout semble cette fois un peu plus écrit. Comme si le réalisateur se sentait obligé de forcer sa démonstration — notamment le personnages du grand patron américain, un peu caricatural, contrairement au PDG allemand d'En guerre par exemple — pour nous montrer combien les logiques comptables ont envahi tous les aspects de nos vies. Que ce soit la santé, avec la menace permanence du burn-out, mais aussi le couple ou même la psyché, à travers le personnage, pas assez travaillé, de cet étudiant épuisé moralement.

Un autre monde n'en reste pas moins un film très fort, qui s'attache une nouvelle fois à décrire le côté pervers d'une mondialisation ultra-libérale qui crée des conditions de vie impossibles pour les ouvriers, comme pour les cadres, poussés à mettre en place des plans d'économies dont ils savent pertinemment l'impraticabilité. Tout cela au nom de la rentabilité à court terme d'actionnaires qui refusent de voir les vies humaines qui se cachent derrière les lignes des tableaux Excell…

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