Ben Affleck et Matt Damon accueillis en stars sur le Lido

Le 78e Festival de Venise se clôturera ce samedi soir avec la remise du Lion d’or. Vendredi soir, Ridley Scott arrivait l’un de ses plus beaux tapis rouge avec l’avant-première, hors Compétition, de The Last Duel, interprété et coécrit par Ben Affleck et Matt Damon.

Ben Affleck et Matt Damon accueillis en stars sur le Lido
©Mostra del Cinema
Hubert Heyrendt, à Venise

Vendredi soir, après avoir clôturé sa Compétition, la Mostra de Venise accueillait deux des plus grandes stars de cette 78e édition: Ben Affleck et Matt Damon, à l'affiche, hors Compétition, The Last Duel de Ridley Scott. Le film marque également la réformation du tandem de scénaristes de Will Hutting de Gus Van Sant en 1997.

Damon et Affleck adaptent ici Le Dernier Duel : Paris, 29 décembre 1386 d'Eric Jager, livre historique retraçant le duel qui, à la fin du XIVe siècle, opposa Jean de Carrouges (Damon) et Jacques Le Gris (Adam Driver), resté comme le dernier duel judiciaire en France. Le premier, chambellan du duc Pierre d'Aleçon (Affleck) accusait le second, favori du duc, d'avoir violé sa jeune épouse Marguerite de Thibouville (Jodie Cormer). Pour laver son honneur et celui de sa femme, le chevalier fit appel au jugement de Dieu, alors que la pratique était de plus en plus décriée…

Ben Affleck et Matt Damon accueillis en stars sur le Lido
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La notion de consentement

Pour retracer ce fait divers historique, Affleck et Damon optent — avec l'aide de la réalisatrice et scénariste Nicole Holofcener (pour la caution féminine) — pour une approche contemporaine, proposant, en trois chapitres, le point de vue des trois protagonistes: « La vérité selon Jean de Carrouges », « La vérité selon Jacques Le Gris » et « La vérité selon Marguerite de Thibouville ».

Dans le sillage de la vague #MeToo, The Last Duel propose en effet une exploration médiévale de la notion de consentement. Le même événement est ainsi présenté selon trois lectures différentes: celle du mari inculte et bourrin, dont la « propriété » a été souillée, celle d'un gentilhomme certain que son charme et son intelligences ne peuvent résister à aucune femme et enfin celui d'une jeune épouse à qui, sous couverts de mots courtois, ce dernier impose son désir…

Le procédé est intéressant — c'est d'ailleurs le même que celui utilisé par Yvan Attal dans son adaptation du roman de Karine Tuil Les Choses humaines, présentée la veille hors Compétition à Venise. Le problème, c'est la mise en scène de Ridley Scott.

Grand spectacle sans vie

Spécialiste depuis 20 ans des films en costumes à grand spectacle — de Gladiator (2000) à Kingdom of Heaven (2005), en passant par Christophe Colomb (1992), Robin des Bois (2010) ou Exodus (2014) —, le cinéaste américano-brittanique est a priori dans son élément. À 83 ans, le réalisateur de Blade Runner et Alien apparaît cependant vieilli…

Alignant une belle collection de châteaux français, la reconstitution historique est totalement poussiéreuse, proposant une vision de pacotilles du Moyen Âge, vu comme un âge sombre et décadent. La photographie se doit donc d'être toujours terne, grise, froide… Il n'y a absolument aucune vie dans ce Last Duel, dans lequel Matt Damon, Adam Driver et Ben Affleck jouent aux seigneurs normands en s'efforçant de prononcer, plus ou moins correctement, quelques noms français. Tandis que Scott se complaît à accumuler les scènes d'ultra-violence et les décors carton pâte (on a ainsi droit à de nombreux plans sur la cathédrale Notre-Dame alors en construction à Paris pour ne pas trop dépayser le public).

Bref, malgré un bon sujet, qui se prêtait à une vraie relecture contemporaine de l'Histoire, The Last Duel ne sort jamais du cadre assigné du grand film d'époque hollywoodien, bourrés de clichés et de facilité.

Ben Affleck et Matt Damon accueillis en stars sur le Lido
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