Un interminable feuilleton philippin en fin de Mostra

Avant-dernière entrée de la Compétition de la 78e Mostra del Cinema, ce vendredi après-midi sur le Lido, On the Job: The Missing 8 d’Erik Matti, polar philippin de 3h30, fait office d’ovni en sélection officielle d’un grand festival. Éprouvant en fin de festival...

Un interminable feuilleton philippin en fin de Mostra
© Mostra del Cinema
Hubert Heyrendt, à Venise

Le cinéma asiatique n'est pas vraiment à la fête cette année. Seul film asiatique en Compétition à Cannes en juillet dernier, Drive My Car, magistrale adaptation de trois heures de la nouvelle homonyme de Murakami par le Japonais Ryusuke Hamaguchi, n'y avait été récompensé que d'un prix du scénario bien mal payé. Face à On the Job: The Missing 8, seul film asiatique de la Compétition vénitienne, on se demande par contre comment une telle série Z a pu se retrouver sélectionnée dans un grand festival comme la Mostra…

Sans doute Alberto Barbera a-t-il cherché à surfer sur l'aura du Philippin Lav Diaz — qui, en 2016, avait décroché le Lion d'or ici à Venise pour l'envoûtantLa Femme qui est partieen programmant un (très) long métrage philippin. Le directeur de la Mostra n'y croyait ceci dit pas plus que cela. Jeudi soir, le film d'Erik Matti n'a eu droit qu'à une seule projection de presse, dans une petite salle. À peine remplie, celle-ci s'est rapidement déplumée… Peu de journalistes ont en effet eu le courage de tenir jusqu'à la fin des 3h30 du film…

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Dénoncer la corruption philippine

Suite d'On the Job, présenté à Cannes en 2013, On the Job: The Missing 8 est un polar inspiré d'événements réels. Cinéaste très critique de la politique du président Rodrigo Duterte, Erik Matti s'attache ici à dénoncer la corruption à tous les étages qui mine la société philippine. Que ce soit dans le monde politique, la police ou les médias.

Journaliste du La Paz News, quotidien d'une petite ville au nord de Manille en grande difficulté financière, Sisoy (John Arcilla) est très proche du maire, qu'il défend ardemment dans les colonnes de son journal, comme sur les ondes de la radio locale. Mais quand sept de ses collègues et le fils de son rédacteur en chef disparaissent subitement — assassinés sauvagement par une bande de détenus relâchés temporairement pour effectuer cette basse besogne —, le bonhomme se met à reconsidérer son métier. Désormais à la tête du La Paz News, il est bien décidé à faire éclater la vérité…

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Polar feuilletonesque

Sur le fond, On the Job: The Missing 8 est indéniablement un film courageux. Sur la forme, c'est quasiment irregardable… Le film présenté à Venise est en fait une version « courte » d'une mini-série en six épisodes d'une heure qui sera diffusée prochainement sur HBO Asia. Et cela se sent cruellement…

Très feuilletonnant, On the Job: The Missing 8 reprend tous les codes du cinéma hollywoodien, avec une référence écrasante: Les Hommes du président de Pakula avec Dustin Hoffman et Robert Redford en 1976. Erik Matti met en effet en scène le combat d'une poignée de journalistes pour tenter de contrer les fake news du pouvoir local. Mais il n'accouche que d'un film mal fichu. Acteurs, photographie, son, tout sonne faux. C'en est presque touchant…

Et c'est là qu'on se rend compte de l'immense talent de Lav Diaz. Le compatriote de Matti a beau être, lui aussi, adepte des films longs (jusqu'à 8 heures pour A Lullaby to the Sorrowful Mystery, qui avait décroché le Prix Alfred Bauer à la Berlinale en 2016), c'est indéniablement un grand réalisateur, capable à chaque nouveau film d'inventer une forme purement cinématographique pour mettre en scène sa vision critique de la société philippine, au lieu de singer maladroitement la production de masse occidentale…

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