"Dune" : Denis Villeneuve réussit la meilleure adaptation du roman culte

Denis Villeneuve respecte l’esprit de l’œuvre de Frank Herbert dans un blockbuster qui résiste à la tentation du spectaculaire.

"Les rêves font de bonnes histoires". Ces mots prononcés avant qu'apparaisse le logo de la Warner résument parfaitement Dune, rêve littéraire de Frank Herbert, monument de la science-fiction paru en 1965. Mais rêve jusqu'ici maudit sur le grand écran : un projet par Alejandro Jodorowsky, avorté au début des années 1970, une version par David Lynch en 1984, qui a divisé fans et critiques. Et finalement, cette version par le Canadien Denis Villeneuve, dont la sortie a été postposée pour cause de pandémie.

L’essence du roman

Le résultat est à la hauteur de l’attente suscitée par le film. Si les scénaristes et Denis Villeneuve ont dû opérer des coupes claires pour transposer ce roman dense, situé dans un futur très lointain (en l’an 10191de l’ère de la Guilde spatiale), ils en préservent l’essence. Ou, plutôt, l’Épice, cette substance la plus précieuse du vaste Imperium galactique. Elle est nécessaire aux voyages interstellaires. On ne la trouve que sur une seule planète, l’aride et hostile Arrakis, appelée Dune par ses habitants, les Fremen. Ses immenses étendues désertiques sont hantées par des vers géants qui attaquent la moindre source de vibration.

Le duc Leto Atréides (Oscar Isaac) reçoit la régence de Dune, au détriment du baron Harkonnen (Stellan Skarsgard) et de son neveu, le brutal Rabban (David Bautista).

Avec son fils Paul (Timothée Chalamet) et sa concubine Dame Jessica (Rebecca Ferguson), le duc s’embarque pour Dune avec bagages et, surtout, armes : Leto sait que l’offre est un piège fomenté par l’empereur et les Harkonnen. Les lieutenants de Leto, Gurney Halleck (Josh Brolin) et Duncan Idaho (Jason Momoa), se préparent à un conflit inévitable, que pressent aussi Paul. Car le jeune homme semble doué de prémonition. Il se rêve aux côtés d’une jolie Fremen (Zendaya) affrontant les troupes impériales. Jessica a formé son fils aux secrets des Bene Gesserit, un ordre féminin dont elle est issue. Celles-ci poursuivent un programme génétique étalé sur plusieurs siècles, destiné à engendrer un être supérieur, le Kwisatz Haderach. Paul est-il ce dernier ? Sur Dune, les habitants semblent voir en lui le messie qui, selon leurs croyances, doit les libérer.

L’attaque des Harkonnen va forcer le destin de Paul, qui doit s’enfuir dans le désert avec sa mère.

Défi et intégrité

Dune est un récit initiatique dans un contexte épique. Denis Villeneuve a dû relever le défi de faire du neuf avec un roman précurseur déjà adapté au cinéma en série, et pillé par nombre de romans et de films, dont La Guerre des Etoiles ou Avatar.

Le réalisateur a fait le pari, risqué pour un film à 160 millions de dollars, de revenir à la matrice sombre, quasi-mystique et contemplative du roman, dont il ne couvre que la première partie. Il résiste à la tentation d’en rajouter dans le spectaculaire, la pyrotechnie ou la technologie - peu prisée par Herbert. La trame est effilée comme un kryss, le couteau des Fremen.

Mais less is more : le résultat n'en a pas moins la saveur âpre et envoûtante de l'Épice. Le casting de haut niveau apporte à chaque personnage une épaisseur et évite les longues explications : quand on voit Brolin, Momoa ou Bautista, on sait que ceux-là sont des guerriers patentés. Ou que Ferguson n'est pas une faible femme sans défense. Chalamet conserve l'aspect juvénile des quinze ans de Paul, tout en dégageant le charisme du leader en puissance. Skarsgard évite le grotesque istrion des incarnations précédentes d'Harkonnen, lorgnant vers l'impassibilité menaçante du Kurtz de Marlon Brando dans Apocalypse Now.

"Ce n'est que le commencement" sont les derniers mots de ce premier volet prometteur. Espérons que le public plébiscitera la suite de ce diptyque.

Dune : Part One Planet Opera De Denis Villeneuve Scénario Eric Roth, Jon Spaihts et Denis Villeneuve, d'après le roman de Frank Herbert Avec Timothée Chalamet, Rebecca Ferguson, Oscar Isaac, Stellan Skarsgard,… Durée 2h25

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