"Le Bal des folles": des thérapies qui relèvent de la torture et qui suffiraient à traumatiser n’importe quel individu

Mélanie Laurent réussit une délicate mais puissante adaptation du premier roman de Victoria Mas.

"Le Bal des folles": des thérapies qui relèvent de la torture et qui suffiraient à traumatiser n’importe quel individu
©D.R.

On l'oublie souvent : Mélanie Laurent a déjà réalisé ou coréalisé cinq films. Son sixième, Le Bal des folles est le plus ambitieux à ce jour. Il a aussi la particularité d'être le premier film français original d'Amazon Prime. Ce qui est un peu regrettable tant l'œuvre aurait mérité le grand écran.

En ouverture, la réalisatrice restitue l’ampleur des funérailles de Victor Hugo, en 1885. Ce n’était pas Johnny Hallyday ni Bébel, mais, déjà, un deuil national. Et il y avait foule. Dans celle-ci, une jeune femme, seule, chose rare à l’époque. Eugénie (Lou de Laâge), fille de bonne famille, a de l’éducation et de l’esprit. L’indépendance de celui-ci gêne parfois. Ce qui est beaucoup plus dérangeant est qu’Eugénie communique aussi avec les esprits. Lorsque sa famille le découvre, il n’en faut pas plus pour que son père la fasse interner à la Salpêtrière, réservée aux "folles".

Ce point de départ fantastique est prétexte, comme dans le premier roman de Victoria Mas dont le film est l'adaptation, à dépeindre le quotidien des pensionnaires de La Salpêtrière. C'est l'époque où le professeur Jean-Martin Charcot y développe ses travaux et expériences autour de l'hystérie. Le professeur et le corps médical de l'époque, exclusivement masculin, en prennent pour leur grade : misogynie, diagnostics à l'emporte-pièce, thérapies qui relèvent de la torture. Lesquelles suffiraient à traumatiser n'importe quel individu - comme Louise, l'amie d'Eugénie.

Même si la réalisatrice évite de montrer les esprits, nous savons qu’Eugénie n’est pas folle. On vit donc de son point de vue cet enfermement. Le regard s’élargit ensuite à Geneviève (Mélanie Laurent), l’infirmière cheffe, qui, suite à un événement, devient l’alliée d’Eugénie.

Le récit tire son titre d’un événement annuel qui se tenait réellement à la Salpêtrière et climax du film : le "bal des folles" durant lequel, le temps d’un soir, les pensionnaires de la clinique se mêlaient à la bonne société qui venait les observer, non sans voyeurisme. Mélanie Laurent s’empare avec humilité mais assurance du sujet. Ce n’est pas un film féministe, même s’il contient une part d’indignation légitime, mais un drame intime, récit de femmes, peinture d’une époque où la science faisait encore preuve de préjugés.

Bel objet formel, Le Bal des folles contient plusieurs moments de grâce. Le trio principal - Lou de Laâge, Mélanie Laurent, Emmanuelle Bercot - captive d'un bout à l'autre. La première s'impose dans son premier vrai grand rôle.

Le Bal des folles Drame De Mélanie Laurent Scénario Mélanie Laurent, Christophe Deslandes Avec Mélanie Laurent, Lou de Laâge, Emmanuelle Bercot, Benjamin Voisin,… Durée 2h02 (Sur Amazon (VOD ou forfait)).

"Le Bal des folles": des thérapies qui relèvent de la torture et qui suffiraient à traumatiser n’importe quel individu
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